jeudi 7 octobre 2010

Deerhunter - Halcyon Digest

Depuis quelques années qu'ils nous pondent des albums toujours à la hauteur des précédents sans qu'on ait l'impression qu'ils s'épuisent, on attendait de pied ferme la nouvelle production de Deerhunter, en osant à peine espérer qu'ils réussiraient une fois de plus ce tour de force.  Et pourtant, le groupe d'Atlanta s'impose avec Halcyon Digest comme un des piliers de la musique indépendante américaine, de la même manière qu'Animal Collective avant eux.

L'album commence avec le rythme lent et l'ambiance sombre et éthérée de "Earthquake", qui nous fait penser que le groupe poursuit sur sa lancée de rock aux tendances bruitistes et expérimentales qu'on connait depuis Cryptograms en 2007. Et c'est là qu'on se plante. Enfin, en partie. Car à partir de "Dont Cry", le groupe évolue dans une sphère pop saturée, avec des rythmes efficaces et des mélodies entêtantes. Là il n'y a pas de concessions, de credo du genre "Je veux pas qu'on voit que je fais de la pop, alors je cache avec du bruit". Non, là c'est totalement assumé. Les chansons tournent autour de 2 ou 3 minutes, attaquent sans prévenir avec toute la panoplie de la chanson pop. La ritournelle de guitare au début, la montée de tension avant le refrain, et on a même du saxophone dans un "Coronado" qui mettrait n'importe qui de bonne humeur, avec son allant et sa saveur d'antan. Ces chansons légères, qui constituent à peu près la moitié de l'album, ne sont pas les meilleures, mais permettent tout de même à Bradford Cox de s'affirmer comme un songwriter bien au dessus de la mêlée ô combien vivace du genre.

Oui, parce qu'à côté de ces moments de pur plaisir, se trouvent des chansons plus sombres, plus travaillées peut-être aussi, qui font que l'album ne parait pas non plus être qu'un simple exercice de style pour emmerder le peuple. Déjà "Sailing" ralentit brusquement les ardeurs pop précédentes, et puis quelques perles s'immiscent par ci par là, pesant par leur mystère et leur obscurité autour de toutes ces comptines pop. On pense à "Desire Lines", qui arrive en plein milieu de l'album avec une intro qui fleure déjà le morceau phare, et s'impose en tant que tel écoute après écoute, à l'instar de "Nothing Ever Happened" sur Microcastle. De même pour "Helicopter", qui semble s'inspirer de l'effort solo de Cox en tant qu'Atlas Sound, et developpe une ambiance nébuleuse à fleur de peau tout à fait typique de ce qu'on peut entendre de sa part. Enfin, l'album se clôt sur "He Would Have Laughed", qui s'étire et s'étend dans des arrangements qui se superposent pour donner au tout une atmosphère totalement irréelle.

Deerhunter parvient donc à évoluer vers des sons toujours plus pop sans pour autant abandonner cette façon incroyable de transcender des chansons déjà excellentes. Halcyon Digest navigue parfaitement entre légèreté et profondeur, entre le plaisir immédiat et l'émotion qui vous gagne lentement. Vous avez dit album parfait ? Je ne suis pas loin de le penser, on peut juste regretter de ne pas avoir de morceaux aussi somptueux que ceux de Microcastle ou Cryptograms. Mais que voulez-vous, génie et constance vont rarement de pair, et un très bon album remplit déjà toutes nos espérances.






A consulter également sur Little Reviews, Panda Panda, Esprit Critiques, et sur Brainfeeders & Mindfuckers, histoire de constater que tout le monde est quasiment d'accord.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire