lundi 1 novembre 2010

Avey Tare - Down There

Depuis Strawberry Jam en 2007, Animal Collective est un peu le groupe au sommet de la scène indépendante, une sorte de nouveau Radiohead, qui surprend toujours, mais qui bénéficie d'un large consensus, qui bien sûr agace une partie des bloggeurs et autres critiques. A mes yeux, ce sont de véritables orfèvres du son, qui ont su faire rimer bruyant avec brillant. Pas les premiers vous me direz, oui, mais les meilleurs actuellement. Devant tant de talent, l'annonce d'un album solo par un membre du "collectif" est forcément assez excitant. D'autant plus que le premier album de Noah Lennox a.k.a. Panda Bear annonçait la vague de chillwave qu'on vit actuellement. Toujours à l'avant-garde donc. Ici c'est donc David Portner a.k.a. Avey Tare qui s'essaye à un album solo. Connu pour être un des principaux compositeurs du groupe, on attendait donc de pied ferme sa réalisation.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'album ne surprend pas. Enfin, moi il m'a un peu surpris au début, mais maintenant je me rend compte qu'on est quand même très proche d'Animal Collective, notamment du dernier album. Pour faire simple, on retrouve bien sûr la voix, les collages sonores et une ambiance assez pop, mais sans tout le reste qu'on connait. Très peu de morceaux contiennent un beat bien dansant, ce qui m'a surpris au début. Et le son général est très voilé et procède par répétitions. On navigue donc dans ce qu'Animal Collective a pu faire de plus expérimental, ajouté à cela que les morceaux sont complètement décharnés de leur attraits les plus pop. C'est comme si on avait pris des morceaux d'Animal Collective en enlevant des pistes et en remixant le tout. Le sentiment général est donc particulier, car on perçoit toujours un peu de ce qu'on connait, mais jamais tout à fait. Chaque piste de chaque morceau irait à merveille sur un arrangement pop, mais elles restent toujours en retrait pour donner au final un sentiment plus diffus.

Il y a donc évidemment un sentiment de frustration qui se dégage de chaque chanson. Même "Oliver Twist" qui ressemble le plus à du Animal Collective semble contenir quelque chose qui n'explose jamais. Frustration donc, mais d'un autre côté, c'est une tension qui s'étend sur tout un morceau, un sentiment d'excitation qui ne redescend jamais. Chaque morceau contient ses petit gimmicks qui nous font sourire, ces transitions qui font "Wow!" et tout ce qu'on aime. Au final, c'est à l'échelle de l'album que Down There s'apprécie. La première partie fait monter une tension qui culmine dans "Ghost of Books", étant entouré de deux morceaux biens plus ambiants qui en font un point de relief, pas le meilleur morceau, mais celui où on commence à comprendre un peu comment l'album se déroule. Ce qui nous permet de mieux apprécier les 3 derniers morceaux, qui sont pour moi les plus travaillés, la fin de "Heather in the Hospital" étant un climax de tension et de plaisir façon electronica, qui permet à "Lucky 1" d'achever l'album de façon magistrale.

L'album nécessite donc de nombreuses et attentives écoutes pour en apprécier la valeur, et c'est un point qui m'a tout de même ennuyé. D'autant plus que ce sentiment mi-figue mi-raisin subsiste encore. Down There s'apprécie dans des conditions d'écoute particulières, dans lesquelles il révèle toute sa finesse, mais il n'en reste pas moins que peu de moments attirent vraiment notre attention - globalement la moitié de l'album je dirais, l'autre moitié étant plus un tremplin. Avey Tare démontre donc qu'il sait livrer un travail de qualité en solo, mais malheureusement on effleure toujours la magie sans jamais l'atteindre. En attendant donc un nouvel album avec ses collègues, qui semblent pouvoir faire décoller son talent indéniable.






Un peu moins gentils chez C'est entendu.

4 commentaires:

  1. Je n'ai pas réussi à rentrer dedans, la plus-value est assez faible. C'est justement un disque qui fonctionne trop sur des gimmicks.

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  2. D'accord avec vous deux, ca fonctionne pas mal sur les gimmicks et c'est aussi un disque frustrant et surtout de fainéant. Il y a matière sur toutes les chansons mais il ne va jamais au bout de ses idées. On attend tout le temps que ça explose, que les titres se dirigent vers d'autres horizons et finalement non...
    De bonnes idées mais pas assez exploitées. Là où je ne suis pas d'accord avec toi c'est sur Lucky 1, je m'attendais vraiment un final explosif et puis non ça ne décolle pas... Frustrant! Surtout pour le dernier titre!
    C'est dommage, au vu des titres proposés par Panda Bear la comparaison entre les deux risque d'être douloureuse pour ce pauvre Avey Tare!

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  3. @Benjamin: J'ai vraiment forcé sur ce disque, parce que je sentais qu'il y avait quelque chose au fond. Au final je retiens surtout les bonnes idées, et je n'ai pas trop attaqué le manque d'affirmation et de lisibilité, qui est pourtant le gros défaut du disque.

    @Panda: Je me dois de dire qu'en fait je suis d'accord avec toi pour "Lucky 1". Elle donne vraiment le sentiment qu'on va finir en beauté, mais en effet, l'effet "magistral" ne se concrétise pas.

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  4. Alambiqué et tortueux j'apprécie le premier effort d'Avey Tare en solo. J'en parle dans ma dernière émission de radio à écouter ici :
    http://boomboomerang.blogspot.com/

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