jeudi 4 novembre 2010

The Bewitched Hands - Birds & Drums

Comme je le disais dans ma chronique sur The Delano Orchestra, il n'est jamais facile de chroniquer un artiste français dont les influences sont plus ou moins ouvertement outre-Manche/Atlantique. La plupart du temps on adopte une posture de tendre compassion à l'égard de la musique, l'air de dire "C'est pas mal", en sous-entendant "pour des français". On sait au fond de nous qu'on trouve ça moins bien qu'ailleurs, mais quand on en parle on a tendance à valoriser comme pour encourager une possible étincelle sur une scène française souvent décevante. Mais ne soyons pas catégoriques, il m'est arrivé à plusieurs reprises d'avoir une franche passion pour des productions françaises*. Ceci étant dit, vous comprendrez que, apprenant que The Bewitched Hands était un groupe rémois, j'ai écouté ce premier album Birds & Drums avec un espoir timide.

Grand mal m'en a pris. Car dès les premières notes, c'est comme si le groupe me disait "Pas la peine de prendre des pincettes, on sait ce qu'on fait." Le groupe maitrise totalement sa musique et avance avec une assurance à la fois surprenante et très agréable. Il ne faut pas plus que "Happy with You" et le formidable "Birds & Drums" pour nous convaincre qu'on a affaire à un groupe qui a du bagage, et qui a sûrement dû vadrouiller pas mal avant d'en arriver là (ils étaient en effet programmés au Transmusicales de Rennes dès 2008). L'album est très homogène dans l'esprit, en s'autorisant pour autant quelques écarts à la pop travaillée qui est majoritaire, comme dans les éclats de voix et de guitares de "So Cool", qui annoncent le presque punk "Cold". The Bewitched Hands bénéficie d'un réel talent pour écrire des chansons qui savent donner tout leur potentiel, même si on pourrait leur reprocher de le faire souvent de la même manière. Les arrangements restent cependant variés et le travail sur les voix, assez dans l'air du temps avec des chants choraux comme on peut l'entendre chez Grizzly Bear et Fleet Foxes, est très bien exploité et donne de beaux moments comme "Hard to Cry" ou "Staying Around".

Bon, ça reste des français qui chantent en anglais, et on sent un certain manque de naturel dans la prononciation qui peut gêner, comme le début de "Work", mais qui est largement compensé par les mélodies du chant. Et puis cela reste tout de même moins flagrant que chez Stanley Brinks par exemple (ce qui est d'ailleurs la seule chose que je lui reproche). Enfin, le groupe parvient à éviter une manie un peu courante chez les français anglophones, celle de brasser volontiers très large comme pour dire "Regardez comme je maitrise bien toutes vos références de chez vous là-bas", ce qui avait été le point faible principal de Gush en début d'année. Bien sûr, on sent qu'ils ont avalé pas mal de Beatles, mais ils ne sonnent pas comme un hommage trop appuyé, et donnent vraiment le sentiment d'être à la même heure que leurs congénères étrangers. On entend ainsi du Arcade Fire latent ou du Of Montreal sur "Kings Krone" pour ne citer qu'eux. Mais avant tout ils ont su se créer un style propre, qu'on peut saisir parfaitement sur le très bon "Sea".

Il fait toujours bon être de bonne foi, et c'est en toute honnêteté que j'affirme que The Bewitched Hands vient de sortir un des très bons albums de l'année, tous pays confondus. On peut être fatigué par leur enthousiasme qui est bien loin de la solennité de Grizzly Bear, je la trouve pour ma part très agréable et bienvenue, et je considère que c'est une preuve d'humilité qui manque sans doute à bien des groupes de nos jours. Et pour ne rien gâcher, ça n'est pas là pour masquer un éventuel manque de professionnalisme. Non, ici nous avons juste un groupe qui aime ce qu'il fait, et qui le fait bien, et ça mérite d'être écouté.






La presse est unanime, à lire Hop Blog, La musique à papa et Derrière la fenêtre.


* Pour information, j'ai retenu ces dernières années Stuck in the Sound (surtout le premier album), et le fabuleux Dreamer Are You Sad ? de mon compatriote breton Poor Boy. Il y en a sans doute d'autre, mais je n'ai pas beaucoup cherché.

3 commentaires:

  1. Les bonnes notes s'accumulent pour ce groupe de chez vous. Je vais l'écouter et le chroniquer. Ce sera déjà un début pour se frotter à la critique internationale (ben oui, je suis Belge, hein!).
    ;-D

    RépondreSupprimer
  2. J'arrive pas à le trouver. Et ça m'intéresse vachement. T'as des liens ? :)

    RépondreSupprimer
  3. Je sais que t'es pas fan de streaming, mais il est en écoute sur Deezer et Spotify. Sinon ouais, pas de liens...

    RépondreSupprimer