mardi 9 novembre 2010

Emily Jane White - Ode to Sentience

Les bons disques de folk se font rares en ce moment. Et les rares choses intéressantes que j'ai pu entendre cette année viennent d'artistes déjà confirmés (et dans mon petit panthéon personnel), comme Joanna Newsom, Phosphorescent ou Micah P. Hinson. Il ne manquait plus qu'Emily Jane White pour compléter la liste. Petite protégée à la voix d'ange de l'excellent label bordelais Talitres, Emily Jane White a su s'imposer en deux albums comme une valeur sûre du renouveau folk, avec des arrangements très soignés et travaillés, notamment sur le dernier album Victorian America, qui faisait la part belle aux violons, piano et guitares électriques dans de longs morceaux à géométrie variable. Je ne nourrissais ni crainte ni espoirs particuliers pour cet Ode to Sentience, espérant simplement retrouver le charme de celle qui m'avait bouleversé l'an dernier.

Dès les premières notes, on est forcé de constater qu'Emily Jane White fait partie de ses artistes qui avancent sans jamais faillir, et on la retrouve exactement comme on l'avait laissée. L'ambiance reste la même, par les délicates introductions aux cordes, et sa voix sensible qui garde sa puissance évocatrice. Mais il y a tout de même une chose qui m'a frappé par rapport à ce dont j'avais l'habitude, c'est la spontanéité qui se dégage de chacune des chansons. Il semble que la chanteuse soit revenue à des fondamentaux folk, et les arrangements sont bien plus épurés que sur Victorian America - la batterie n'est présente quasiment que par ses cymbales par exemple. Et plus que ça, les instruments ne créent pas une ambiance en apportant chacun leur pierre à l'édifice, ils ne font ici que servir la mélodie guitare-voix d'Emily Jane White. La guitare est centrale, et elle est acoustique. Ce changement est très subtil, mais il se ressent dans chaque chanson qui se construit de manière très classique. Ainsi, "Clipped Wings" débute comme une chanson de Leonard Cohen, et l'intro de "The Black Oak" reprend la rythmique classique de Woody Guthrie et de la Carter Family. Mais là où l'originalité d'Emily Jane White s'affirme, c'est qu'elle ralentit considérablement le rythme, et le piano vient en renfort sur le refrain tout en douceur, pour appuyer juste ce qu'il faut l'émotion transmise par le chant.

Et c'est tout le talent d'Emily Jane White, celui de rester dans les clous du folk classique, ce que d'autres contemporains ne font pas assez, tout en sachant y apportant ce petit plus personnel qui la démarque et en fait une folk-singer bien à part. Tout n'est cependant pas parfait, et j'ai frémi en entendant la steel-guitar au début de "The Cliff", étant symbole pour moi de fausse poésie musicale et ornementant de manière grossière trop de morceaux folk actuels - je pense au décevant album des "so-called" Monsters of Folk l'an dernier. Si ce morceau est sans doute un peu plus facile que les autres, il n'en reste pas moins de bonne facture. Il en va de même pour "I Lay to Rest", qui aurait pu figurer sur l'album précédent par son orchestration plus présente. Ode to Sentience n'est pas qu'un simple album de folk guitare-voix, on retrouve les très beaux passages instrumentaux qu'on avait aimé auparavant sur "Requiem Waltz" pour ne citer que lui. Cette justesse et cette retenue se retrouve aussi si on s'attarde sur les paroles, pas d'énormités ni de grossièretés, juste des paroles simples et touchantes, sans non plus relever d'une poésie remarquable. "The Preacher" est à ce titre tout à fait juste  et agréable, dans la tradition folk. 

Revenant à un folk plus épuré après avoir fait appel à des procédés venant du rock, Emily Jane White montre avec Ode to Sentience qu'elle est à la hauteur des plus grands folk-singers de son pays, sans pour autant faire du passéisme. Sa sensibilité s'exprime toujours par des arrangements délicats et ses chansons touchent immédiatement et durablement. On oserait tout juste lui reprocher d'être trop modérée, ce qui peut aussi bien être un défaut qu'une qualité, selon les circonstances. En tout cas, bien plus facile à cerner et à appréhender que  le(s) dernier(s) opus de Joanna Newsom, elle n'en garde pas moins une profondeur certaine, et Ode to Sentience pourrait bien servir de compensation à ceux que Have One on Me avait agacé.






Conquis également chez Hop Blog, et belle théorie de "pourquoi aime t-on le folk?" chez Brainfeeders & Mindfuckers.

(Moi qui me plaignait cet été du vide intersidéral des sorties musicales, me voilà servi depuis quelques semaines. Que de bons disques!)

4 commentaires:

  1. Comme t'as été vite à le chroniquer !
    Mais j'approuve après deux écoutes sur la spontanéité. Un album logique. Un vrai album de folk quoi.

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  2. Deux écoutes hier, deux écoutes aujourd'hui, et le tour est joué. Comme je le dis, c'est pas aussi compliqué que Joanna Newsom.

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  3. Oui. Et c'est moins bien aussi. :)

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  4. Je suis tout à fait d'accord avec cette chronique !!! Je m'apprêtais à en faire une moi-même sur mon blog, que vais-je dire de plus ?!!!
    Bien contente d'avoir trouvé ce blog en tous cas.

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