samedi 27 novembre 2010

Harry Potter et les Reliques de la Mort, de David Yates

Depuis la première adaptation de Harry Potter au cinéma, je me suis promis de tous les voir, même à contre-coeur, parce que je n'aime pas commencer quelque chose et ne pas le finir. Je fais partie de cette génération qui a grandi en même temps que Harry, et même si j'ai pris pas mal de recul par rapport à la saga, il y a toujours une part d'affectif qui me pousse à aller voir les films. Si on récapitule, très peu de films ont adapté correctement les livres. Les deux premiers étaient corrects, mais à l'image des livres, assez plats et conventionnels. Le troisième a pris beaucoup de liberté avec l'histoire, il en résulte un film qui souffle le chaud et le froid, et qui ne convainc pas. Le quatrième et le cinquième ont commencé à faire des films à grand spectacle, qui ne sortaient pas du lot. Enfin, le sixième avait pour moi des qualités essentielles: un travail enfin intéressant sur les personnages, qui étaient jusque là un peu fades, et une qualité esthétique vraiment exceptionnelle. A côté de ça, le scénario se vautrait dans les pires niaiseries oubliant que Harry Potter ne peut plus être considéré comme un film pour enfants depuis l'épisode 5. La décision de tourner le dernier tome en deux fois était pour moi indispensable, tant la complexité du dénouement ne pouvait faire l'économie des indices essentiels à sa compréhension.

Il ne s'agit pas de commenter le scénario de ce dernier tome, comme certains l'ont fait. Je rappelle que c'est une adaptation, je ne vais pas critiquer les quelques errances de J. K. Rowling, c'est comme ça on n'y peut rien. Oui, le tome final ressemble au Seigneurs des Anneaux dans une ambiance de France sous l'occupation*, avec un espèce de symbolisme ésotérique assez fumeux, et franchement dispensable. Mais je ne vois pas l'intérêt de s'offusquer de l'absence de la traditionnelle rentrée scolaire, et du fait que l'intégralité de l'intrigue se passe en dehors de Poudlard. Il est évident que Dumbledore étant mort, et Voldemort ayant pris le contrôle du monde magique, ce serait complètement crétin de la part des personnages principaux de se jeter dans la gueule de ceux qui les pourchassent (même s'ils ne sont pas à une connerie près).

Bref, ceci étant dit, on peut s'attarder sur le film en lui-même. Dès la fin du tome précédent, on devine que celui-ci va tourner autour d'une quête d'objets magiques, procédé un peu facile mais qui en général comble bien un film. Ici, le début est particulièrement soigné, même si certaines ellipses ne permettent sûrement pas à tout le monde de comprendre. Oui, mais une fois que la quête s'installe, le film avance sur un rythme un peu lent et multiplie les petites aventures annexes. En gros, on n'avance pas. Mais encore une fois, le livre lui-même était désespérant de ce point de vue là. On approchait dangereusement de la fin et on se demandait sérieusement comment tout ça allait se finir tellement rien ne bougeait. Et c'est sans doute là que l'idée  de couper l'histoire en deux trouve ses limites. Au final on est devant un film qui laisse un grand sentiment de frustration, même si les scènes tournées sont indispensables pour la suite, et qu'elles sont vraiment bien réalisées. A l'exception d'une seule, que j'attendais particulièrement. L'excursion à Godric's Hollow a un intérêt très obscur pour le spectateur néophyte, et franchement elle aurait mérité plus d'attention.

D'un point de vue plus formel, ce nouvel épisode continue sur la lignée de ses prédécesseurs. Remarquablement esthétiquement, et je dirais même de mieux en mieux, de ce point de vue là on est servi.  David Yates se permet d'ailleurs de nous faire voir le paysage britannique, dont on oublie souvent la beauté. Je suis également vraiment surpris et content du passage animé pour le conte des Trois Frères, inspiré par la version longue de Watchmen, qui est vraiment convaincant et apporte une respiration au film. Je ne comprends cependant toujours pas cette volonté de faire ressembler tous les Mangemorts à un mélange entre Jason et le Dr Doom. Par contre, les personnages sont très inégaux, et le traitement est vraiment simpliste. Pour faire simple, tous les éléments comiques reviennent à Ron Weasley et ses deux frères, ce qui n'est pas tout à fait le cas dans le livre. Hermione s'améliore d'épisode en épisode, et commence enfin à devenir supportable, voire intéressante.

Mais notre pauvre Harry continue dans son rôle de martyr exaspérant, aussi horripilant qu'Elijah Wood en Frodon ou Hayden Christiansen en Anakin Skywalker. Il partage d'ailleurs avec ce dernier de parvenir à ses fins par une succession de coups du sorts qui mettent sérieusement en doute sa crédibilité. Se faire sauver la vie par un elfe de maison, y'a pas de quoi être fier quand même. Sinon, les personnages secondaires sont comme souvent les meilleurs, comme Maugrey Fol-Oeil, ou Rogue, que l'on ne fait qu'apercevoir. Helena Bonham Carter cabotine encore dans son rôle de Bellatrix, ce qui ravira certains et agacera d'autres. Ralph Fiennes quant à lui continue à faire de Voldemort une espèce de Jack Sparrow méchant, avec sa voix doucereuse. Mais j'ai déjà lâché l'affaire depuis l'épisode 4, Voldemort est raté de chez raté. Voldemort c'est censé être l'équivalent de Hitler dans le monde réel, ou de Dark Vador dans le monde cinématographique. Il est censé faire peur quoi, là c'est juste ridicule.

Détailler toutes les qualités et tous les défauts de ce film serait très fastidieux, je me suis donc concentré sur les points essentiels. Globalement, cet épisode est une plutôt bonne adaptation, seulement c'est vraiment une première partie, une mise en bouche et une introduction à la seconde qui devrait être normalement beaucoup plus dense et intéressante. Je ne mets pas cette frustration sur le dos des réalisateurs qui ont franchement fait le maximum pour meubler le film, et qui ont bien fait je pense de le scinder en deux, mais bien sur l'histoire qui telle qu'elle est, met énormément de temps à démarrer. Certains y verront une spectaculaire tension pour préparer la suite, c'est vrai, mais j'attendais aussi un film qui puisse s'apprécier en lui-même. Dommage que faire un film de plus de 4h comme Mystères de Lisbonne soit un suicide commercial, car c'est vraiment le format que j'aurais préféré pour cette adaptation.







*: Intelligemment interprétée avec une scène au Ministère de la Magie qui rappelle Brazil.

2 commentaires:

  1. Je l'ai trouvé cool moi. Faut dire j'ai arrêté de lire après le quatre, le temps d'attente pour le cinq étant trop long, j'ai décroché.
    Y a toujours des trucs exaspérants et hyper discret genre "l'amitié est plus forte que tout", mais c'était prenant et je demande pas plus.

    J'aurai aussi préféré quatre heures de film. Et ça aurait été un beau coup commercial je pense. Genre comme pour le dernier épisode de Lost qui dure une heure et demi.
    Maintenant je veux juste voir la fin, par contre. Et je vais aller la lire sur Wikipédia.

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  2. Ouais nan c'est franchement le meilleur je pense, c'est le mieux adapté. Mais faut dire ce qui est, passé 1h, ça se traine gentiment, et on reste sur sa faim. Assez difficile à juger en fait, c'est comme noter un polar seulement sur la moitié. Du coup j'suis vachement partagé sur l'idée de le couper en deux. Nécessaire, mais on paye un peu le prix de la longue mise en place.

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