jeudi 25 novembre 2010

L'altra - Telepathic

Encore une chronique faite à l'aveugle, il faut dire qu'en ce moment on est en période de vaches maigres au niveau sorties musicales. Tant mieux, j'ai un rôle d'étudiant à tenir. L'altra est donc un groupe de Chicago, composé principalement de deux membres, mais qui enregistre sous la forme d'un collectif. Très peu d'informations circulent sur le Net les concernant, je ne sais même pas si cet album est sorti, m'enfin c'est ce qui arrive quand on racle les fonds de tiroirs, on tombe sur des groupes pas très médiatisés, et c'est un bel euphémisme. Pour situer un peu L'altra dans le paysage musical, on pourrait dire qu'ils font de l'indie rock, mais les connaisseurs semblent beaucoup insister sur une certaine délicatesse dans le son qui amène certains à lui attribuer l'étiquette de "slowcore" ou encore "chamber pop", deux notions que j'ai du mal à définir, mais j'espère que les plus fins anglicistes parmi vous saisissent la nuance.

L'altra est en effet un groupe qui fait de l'indie rock assez classique, c'est à dire des morceaux chantés à deux de manière un peu mélancolique, une batterie qui tient un rythme simple mais accrocheur, et tout ce qui s'ensuit. Mais la première chose que l'on peut noter c'est qu'on est quand même dans le frange supérieure du grand gloubiboulga qu'on nomme l'indie rock. On se rapproche de Belle and Sebastian parfois, le son est excellent, vraiment bien travaillé et les arrangements plutôt originaux. En fait c'est surtout ça qui m'a fait plaisir sur ce disque, la présence d'instruments qui surprennent un peu, comme des instruments à vent que je ne saurais pas identifier (sans doute de la flûte, un saxophone, un accordéon...), ou une contrebasse, qui donne tout de suite un son "jazzy" qui sort de l'ordinaire.  On retrouve un peu le même esprit qu'Arcade Fire de ce côté là, toutes proportions gardées. C'est ainsi qu'un morceau comme "Boys" est magnifié par cette contrebasse qui souligne très bien son aspect chaloupé mais très calme. C'est un pas plus loin que l'effet provoqué par la basse très sourde des Walkmen par exemple. Le magnifique "Winter Loves Summer Sun" bénéficie lui aussi très largement de cet enchevêtrement d'instruments et d'un relief qui fait ressortir un aspect différent de la chanson à chaque moment, sans faire de rupture. Rien que pour ça l'album mérite d'être écouté.

Ensuite, la plupart des autres chansons évoluent dans des registres beaucoup plus classiques, allant du néo-folk assez classique comme "Big Air Kiss" à une pop mélancolique qui rappellerait encore une fois Belle and Sebastian ("Nothing Can Tear It Apart"). Mais à chacun des morceaux, L'altra applique un certain son qui leur donne ce petit cachet supplémentaire. Alors oui, au premier abord ce son c'est surtout de la reverb, qui donne un son très actuel (même si la batterie sur "Either Was the Other's Mine" a l'air d'avoir 25 ans...). Mais ce sont tous ces instruments, ce côté collectif très bien rendu, qui font de chaque chanson une petite perle d'arrangements. Là où ça se gâte, c'est que derrière ce foisonnement instrumental, et cette production de toute beauté, il faut avouer que les morceau restent souvent trop lisses, et le terme de slowcore finit par être pris à la lettre. En un mot comme en cent: ça bouge pas beaucoup, même si l'album est assez varié, et contient des temps forts qui le rythment, comme "Black Wind" ou "Telepathic". Tout dépend de l'état d'espit de l'auditeur, et je pense que Telepathic peut tout aussi bien accrocher qu'agacer très rapidement par un sentiment de frustration*.

L'altra est donc un groupe qui soigne énormément sa musique, et Telepathic est parfaitement orchestré du début à la fin, avec une attention tout particulière sur un rythme qui évolue imperceptiblement pour donner du relief aux chansons, comme chez les derniers travaux des Walkmen. Le son est vraiment excellent à quelques exceptions près, mais malheureusement l'ensemble manque tout de même cruellement de passion, et certains morceaux semblent condamnés à l'ennui. Il ne faut cependant pas cracher dans la soupe, Telepathic est un très bon moment de musique qui mérite largement d'être écouté.






En écoute sur Spotify.

*: En bref, on pourrait parler du "syndrome The Coral"...

2 commentaires:

  1. Il faut absolument écouter leur chef d'oeuvre "In The Afternoon". Je ne suis cependant pas d'accord sur le terme slowcore (des groupes comme Low, Spokane ou Codeine), leur musique étant plus douce que lente, "sweetcore" conviendrait mieux. Ou encore "easy-listening".

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  2. Oui...il FAUT écouter "In the afternoon". Un chef d'oeuvre hypnotique.

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