lundi 8 novembre 2010

L'homme qui voulait vivre sa vie, de Eric Lartigau

Comme j'ai la conviction que l'environnement dans lequel on se situe conditionne l'avis qu'on se fait sur les choses, je ne peux vous épargner les anecdotes qui ont marqué ce visionnage. Il faut savoir qu'au cinéma, je suis à peu près aussi chiant que Sheldon dans The Big Bang Theory. Je veux être en plein milieu de la salle, je veux que le film commence rapidement (parce que les bandes-annonces de grosses comédies potaches quand on va voir un drame c'est un peu lourd), et je veux que les gens autour trouvent leurs M&M's rapidement sans farfouiller des heures, et puis qu'ils se taisent aussi. Là, j'ai eu droit à une folle qui a failli mouiller sa culotte quand elle s'est aperçue qu'elle était devant une grande salle et qui n'a pas pu s'empêcher de lancer un grand bonjour. Et puis elle s'est assise à côté de moi, et a pété un scandale après la pub pour "aider l'argent à s'échapper des paradis fiscaux". Enfin voilà, comme souvent le film a commencé et j'étais agacé. Je ne savais même pas ce que j'allais voir, l'affiche m'aurait presque fait penser à du Audiard, et le synopsis à De battre mon coeur s'est arrêté

Il y a en effet un peu de ça, Romain Duris incarne un avocat qui a abandonné ses rêves de photographe parisien pour s'installer en banlieue avec sa femme et ses gosses. Mais la comparaison s'arrête là, car là où Audiard construisait tout son film autour de cette frustration, Eric Lartigau l'évacue ici rapidement, faisant par là un film bien différent. Parlons-en de Lartigau. Inconnu au bataillon pour moi avant de voir le film, il a réalisé des épisodes de H, des films avec Kad et O, Prête moi ta main avec Alain Chabat, et est marié avec Marina Foïs. Y'a comme qui dirait une certaine cohérence Canal+, et quand on voit le propos du film on est un peu WTF. Mais ne faisons pas de préjugés, il se trouve qu'Eric Lartigau ne fait pas trop tâche comme réalisateur du film, malgré quelques effets assez malhabiles, comme la musique dramatisante couplée avec un gros plan sur Duris couplée avec un expression assez peu subtile de ce dernier. On l'aura compris, quelque chose se trame dans cette scène. Mais à part ça, il reste très sobre dans sa manière de filmer, et semble vouloir nous faire voir le film par les yeux de son personnage principal, qu'on ne quitte jamais, en prenant des poses très photographiques sur son environnement, notamment quand Paul Exben (Romain Duris) est arrivé en Europe centrale (Hongrie ? Serbie ?). Il faut d'ailleurs noter que ce choix est une liberté de la part du réalisateur, le scénario original de Douglas Kennedy se situant aux Etats-Unis.

Bref, je m'égare, parlons donc du film plus profondément. Le scénario est assez accrocheur, car il fait appel aux rêves de chacun. Moi-même, traversant une crise de la vingtaine, je me suis reconnu dans cet avocat qui claque tout quand sa vie part en l'air, que Romain Duris interprète plutôt bien, sans crever l'écran. De la fausse joie permanente du début, comme de l'auto-conviction, à la peur omniprésente de perdre l'anonymat enfin conquis à la fin, le message est bien clair, peut-être trop même, à l'image des tics du réalisateur sus-cités. Les personnages secondaires sont assez inégaux, Catherine Deneuve étant parfaite bien que furtive, Marina Foïs semble un peu mal à l'aise, mais reste horripilante comme à son habitude. Niels Arestrup cabotine, jouant le vieil ivrogne vulgaire avec un naturel peu surprenant. Mais tous ces personnages ne sont que des apparitions, et tout le film repose sur Romain Duris, en enchaînant les aventures de manière parfois décousue. Paul Exben doit faire face à une multitude d'évènements, qui fragmentent un peu le film et nous font perdre le propos initial. Mais ce changement permanent est finalement assez intéressant dans le sens où le scénario prend régulièrement des tournures totalement inattendues, ce qui reflète assez bien la fuite en avant de Paul Exben, et la fin du film confirme ce sentiment, en laissant entendre que nous n'avons assisté qu'au début d'une vie qui va désormais être perpétuellement instable.

Sans pour autant atteindre la profondeur qu'on aurait pu espèrer au vu du scénario intéressant, L'homme qui voulait vivre sa vie est cependant un film avec peu de fausses notes et qui parvient à se créer une certaine originalité par une narration inhabituelle. Aucun des acteurs ne faisant de performances inoubliable, c'est sans doute Eric Lartigau qui va tirer son épingle du jeu dans cette affaire, en prouvant qu'il est capable de réaliser avec soin des films plus sérieux que ce qu'il avait l'habitude de faire.




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