dimanche 19 décembre 2010

Nightmare before Christmas

Enfin chez moi, fatigué. Je me pose sur le canapé. Musique, n'importe quoi. J'allume la chaîne à distance, il y a déjà un disque dedans. Mon appartement a vraiment l'air vide. C'est marrant, je me demande pourquoi je me suis installé en zone industrielle. Enfin, les bruits des machines me sont familiers maintenant, c'est comme de la musique. Je me lève, l'usine est calme, seule une machine remplit la pièce de bruit. Elle semble dérailler, puis s'emballe carrément. Je m'approche, mais un débris m'assomme, je tombe à terre. Mes esprits reviennent, il fait sombre ici maintenant. J'entends de loin une musique. La porte là-bas, c'est là. Je l'ouvre, un tourbillon extraordinaire m'entraîne. Une foule d'ombres suit un même mouvement, dans une lumière rouge tamisée. Impossible de fuir. Elles me repèrent, le rythme se fait violent. La foule fond sur moi, je suis attaqué de toutes parts. Je ferme les yeux, la chute.

J'atterris brutalement dans un hangar. Une troupe, synchronisée, encore. Un homme crie des ordres. Je jette un regard d'incompréhension, et il me pousse dans le mouvement, malgré moi. Balloté, personne ne semble me voir. Puis ils deviennent agressifs, et l'homme continue de crier, comme pour les encourager. Tous me battent. Je crois comprendre qu'ils dansent au rythme de ce piano gonflé à l'hélium, joué par un homme en proie à une crise d'épilepsie. Il perd conscience, tombe de son tabouret. Les hommes se relèvent et arrêtent la danse virulente qu'ils m'infligeaient. J'en profite pour me relever, mais on me plaque contre un mur par surprise. Je sens une poignée derrière ma main, j'ouvre la porte, et parviens à fuir.

Enfin libre, j'essaie de trouver un abri dans cette cité hostile. Presque serein j'avance, et aperçois la façade d'un bar. Un nuage éclipse le soleil et assombrit la rue. Devant la porte, je vois que l'endroit est rempli de jeunes fêtards. Ce n'est plus le troquet de campagne que j'avais cru voir. Tant pis, je prends un verre, cul-sec. En quelques secondes, tout est perdu, le temps, l'espace, tout ça. Effrayé, je sors prendre l'air. Déjà la nuit noire, rue vide, magasins fermés. Je me sens suivi, j'accélère le pas. Avancer, pourvu que ce soit ailleurs. Cette ville est un vrai labyrinthe. La tension devient palpable, je panique pour de bon. Un bruit lointain accapare mon attention. Je le suis sans réfléchir. Une grande place, déserte. Quelque chose sur mon épaule, je lève la tête et une averse de grêle incroyable se met à tomber, sans discontinuer. Nulle part où se réfugier.

J'arrive dans un grand bâtiment. Tout est confus, je ne sais pas quoi faire. Je me mets à courir, sans raison, la panique affolant mon rythme cardiaque. Un ascenseur, je descends. A peine un pas, et un train de marchandises me percute de plein fouet. Étrangement je reste conscient. Autour de moi tout a changé. L'endroit est très lumineux. Calme. Je ferme les yeux. Mais le silence ne dure pas. Quand j'ouvre les yeux, une lumière rouge tamisée. Les ombres autour de moi, hypnotiques. Je suis au milieu de la foule cette fois-ci, je suis le mouvement, hagard. Il devient confus, et les ombres s'évaporent dans un vacarme assourdissant. Une porte, la fuite. La musique continue de l'autre côté, ou dans ma tête, je ne sais pas. 

Je suis exténué. J'essaye de reprendre mes esprits. A côté de moi, un bidon rouillé. La gouttière fait résonner des gouttes dessus régulièrement. Leur bruit m'obsède. Je repense à l'homme du hangar, à tout ça, et tout se mélange, seules les gouttes restent. Je me lève soudainement, pour apprécier le silence. Mais avant de pouvoir saisir ce qu'il se passe, la ville est en pleine ébullition. Il y a une catastrophe, quelque part. Tout le monde se bouscule, tout le monde fuit. Aucun répit, que du chaos. L'air a un goût de fin du monde. Ne sachant quoi faire, j'assiste désemparé à l'évaporation de l'univers.

Quand tout est enfin fini, il ne reste plus rien. Tout juste un piano à queue en pleine agonie. Un vieil homme à l'intérieur qui gratte les cordes avec un bout de métal. Il semble exprimer le deuil du monde dans lequel il a vécu. Dans lequel j'ai vécu aussi, enfin je crois. Peut-être n'était-ce qu'un voyage après tout. J'ai la bouche pâteuse, mon chat miaule. Je me lève pour lui remplir sa gamelle. Il me faut un peu de musique, contre la fatigue. Je me dirige vers la chaîne pour y mettre un CD. Il y en avait déjà un. Clark, Totem Flares.


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