mardi 8 février 2011

...And You Will Know Us by the Trail of Dead - Tao of the Dead

Trail of Dead c'est un peu le groupe le plus sympathique du monde. Non content d'avoir un nom au style biblique super classe, et d'avoir un goût incomparable en matière de pochettes, ils ont signé en 2002 un des meilleurs disques de la décennie avec Sources, Tags & Codes. Ils font du rock de manière classique, mais avec un sens de la mélodie, du rythme et de la composition qui ferait fantasmer n'importe qui. D'où une discographie assez homogène, même si elle est écrasée par le poids de l'album qui les a porté au sommet, et qu'elle n'a pas résisté à quelques ratés (Worlds Apart, qui cumulait une musique un peu gentillette avec la pochette la plus moche du monde et un titre faisant une référence malheureuse à un boys band britannique des 90's). Mais malgré cela, on a envie d'aimer Trail of Dead, parce qu'il savent toujours défoncer des portes ouvertes avec une telle violence qu'elles vous reviennent en pleine face.

Tao of the Dead, c'est donc un nouvel album, et un nouveau record de pochette immonde. C'est encore une fois puissant, grandiloquent et accrocheur. Autant de défauts qui nous exaspéreraient chez d'autres, mais qu'on trouve tout à fait charmants chez Trail of Dead. Pourquoi ? Parce qu'il y a un second degré évident déjà, comme en témoigne le premier morceau, mise en tension assez cliché intitulée: "Introduction: 'Let's Experiment'". Trail of Dead nous déculpabilise d'aimer les procédés un peu faciles et un peu grossier. Parce qu'ils le font bien. Et c'est la raison majeure de la sympathie qu'ils provoquent chez l'auditeur. Là où beaucoup de groupes cachent derrière une façade ironique leur musique médiocre, Trail of Dead ne se moque pas de nous, et signe une succession de morceaux tous aussi bien foutus les uns que les autres, même s'ils faut avouer que ça n'invente rien. Le riff de "Pure Radio Cosplay" rappelle les Who, et globalement on sent une grande influence des Smashing Pumpkins chez le groupe, même s'il y ajoute un certain goût pour les explosions violentes, relent de son passé hardcore. C'est bien le talent du groupe qui parvient à relever le niveau d'une musique a priori banale.

Il n'y a qu'à entendre l'introduction de "Summer of All Dead Souls" pour comprendre. Très classique, mais c'est le genre de riffs qui portent toute une chanson sur leurs épaules. Tout l'art de faire du rock repose dans le fait de savoir trouver la brèche dans tout ce qui a déjà été fait pour livrer un morceau mélodiquement original même si le principe de base ne l'est pas du tout. Et c'est exactement ce que fait Trail of Dead. Bien sûr qu'on trouve des titres en dessous ("Fall of the Empire"), bien sûr que tous les arrangements ne sont pas merveilleux, surtout quand on construit des morceaux qui ne cessent de muer. Ainsi, "The Wasteland" est assez inégal selon la façon dont les parties sont (ré)interprétées. La première partie de "Weight of the Sun" est un peu convenue mais la suite relève toute la chanson, en détruisant le côté mièvre qu'elle pouvait avoir au début. C'est toujours ce qui sauve Trail of Dead, cette capacité à laisser entrevoir le pire pour au final révéler le meilleur. On sent pointer l'album "pensé comme un tout" avec cette reprise de "Pure Radio Cosplay" en fin d'album, mais au final on ne s'en formalise pas. Pas plus que du "Strange News from the New Planet", traditionnel morceau d'un quart d'heure pour finir le disque, qui déploie tout l'arsenal de ruptures et continuités dans la composition dont dispose le groupe.

Trail of Dead réussit une fois de plus à conserver son capital de sympathie, avec un album qui n'invente rien, ni dans le genre du rock en général (ce qui serait assez prétentieux tout de même), ni dans le style du groupe. Évidemment, on n'est plus au temps de Sources, Tags & Codes, et globalement les morceaux sont moins bons, mais ils restent suffisamment attrayants et savent toujours provoquer la surprise qui va faire qu'au final, on prend tout autant de plaisir à les écouter. Trail of Dead fait la nique au relativisme en montrant qu'on peut toujours faire la même chose et rester intéressant, pour peu qu'on continue à le faire bien, même si on a fait mieux.

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2 commentaires:

  1. C'est mon premier album du groupe pour ma part, et le truc qui m'a rebuté, c'est le morceau de 16 minutes que j'ai trouvé indigeste... Dans le fon on est d'accord, c'est pas très original, mais ils sont capables de nous trousser de bonnes mélodies!

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  2. Avec eux, j'ai toujours l'impression d'écouter un Source Tags & Codes en moins bien. Et ça passe toujours tout seul.

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