dimanche 6 février 2011

Jack White, 3 Son House Street, 37203 Nashville, TN

Salut Jack,    

     J'ai appris la nouvelle mercredi... Désolé hein, franchement ça m'a fait mal au coeur quand j'ai vu ça. Bon, c'est vrai que ça allait pas fort, mais j'y croyais encore tu vois. Enfin, j'essayais. Faut dire qu'il en fallait de l'espoir pour croire que ça allait repartir. Vous aviez un bon rythme avant, c'est comme ça que ça marchait. Battre le fer tant qu'il est chaud, c'était votre devise. Mais bon, là, quatre ans quoi... J'te le cache pas, j't'en veux un peu, Jack. Nan, mais c'est vrai, c'est quoi cette manière de se comporter là ? Tu passes ton temps à droite et à gauche, à faire des semaines barbecue avec tes potes. Et puis, excuse moi de te le dire, mais c'était pas toujours joli à voir.

     La première fois j'étais content, j'me suis dit que c'était bien, que tu prenais du bon temps. J't'ai défendu même. Et puis jusqu'au bout hein, j'me disais que t'avais bien le droit de faire ce que tu voulais, que ça voulait pas dire que tu larguais Meg. Nan, vraiment, ça m'faisait plaisir. Puis je les aimais bien tes potes. Mais maintenant, franchement, j'ai du mal. Et puis je comprends pas ce qui t'est passé par la tête... Je sais pas, regarde ta copine Alison là, bah elle est toujours avec Jamie, y'a aucun problème. Elle avait bien compris le truc elle. C'était bien parce que c'était provisoire, tu vois, mais tu comptes quand même pas faire que ça, dis ?

     Bon, que t'ai largué Meg, ok. De toute façon entre nous, je l'ai toujours trouvé un peu cruche. Elle présentait bien c'est vrai, sur les photos ça rendait mieux, et puis bon, si je peux me permettre, ça t'évitait de trop choper le melon. Mais maintenant quoi, tu seras tout seul ? Parce que vu comment tu t'actives sans arrêt, tes potes ils vont pas suivre le rythme pendant longtemps. D'ailleurs je pense que y'en a une bonne partie qui se sont barré. Tu vas pas les séquestrer à Nashville tout le temps. Ils ont une vie aussi, tu sais.

     J'pense qu'on t'a déjà demandé, mais quand tu repense à ce que t'as fait avec Meg, ça donne pas envie de réessayer ? Enfin je veux dire, moi ça m'fait mal quand même. Je suis pas vraiment surpris, mais ça m'emmerde. J'me souviens quand j'vous ai connu, c'était en 2005. Ah quelle année, tu te souviens ? Oh, faut dire que vous aviez fait les cons quand même. Moi je vous suivais, à fond toujours. Vous pouviez bien faire ce que vous vouliez, j'étais content. Parce que bon, quand on y pense, vous aviez beau avoir changé de look, vous étiez toujours les mêmes. Et quand on vous côtoyait de près, on s'en rendait compte. Bon, heureusement c'était une passade hein. Nan parce que c'est comme tout, faut pas trop abuser. Mais on s'était bien marré. J'y repensais l'autre jour quand j'ai vu Samuel. Ouais, ça lui as pris aussi. Pas le même genre, mais le principe est le même. Bah, ça lui passera pareil je pense.

     Tu te souviens la dernière fois qu'on s'est vu tous les trois ? C'était en 2007. Y'avait encore des gens qui vous avaient pas pardonné votre fantaisie. Moi j'm'en foutais un peu, j'étais content de vous voir. Bon, j'te le dis maintenant, t'avais un peu la grosse tête. Mais vous deux hein, Meg elle paye pas de mine mais j'trouve qu'elle était pas en reste. Mais j'trouvais ça bien comment vous étiez. C'est vrai quoi, les gens confiants, c'est un peu agaçant parfois, mais c'est captivant aussi. Ouais, à ce moment là j'étais vraiment sous le charme. J'étais pas le seul, on était pas mal à être impressionné par ton charisme. C'est un bon souvenir.

     Sinon, je regardais l'autre jour un album photo qu'on avait fait à ce moment là. C'est dingue ce que vous avez changé quand même. Oh bien sûr, toujours en rouge, blanc et noir. Là dessus aucun problème. Mais au début quand même, c'était quelque chose. Remarque, ça fait plus de 10 ans maintenant. Vous paraissiez tellement jeunes. Jeunes et insolents. Ca a dû choquer pas mal de monde de vous voir comme ça j'imagine. J'aurais bien aimé vous connaître à ce moment là. La fougue de la jeunesse, aucun compromis. Faut dire ce qui est Jack, t'as jamais eu froid aux yeux quand il s'agissait de faire un truc. Et dès que t'as commencé à traîner avec Meg ça se voyait, que t'avais une idée bien claire dans la tête. C'comme votre période De Stijl, là. Bordel, j'peux pas voir ces mecs là en peinture, mais à la façon dont tu en parlais, j'avais adoré. T'avais beau ne plus être à fond dedans quand on en a parlé, c'est sûrement une des discussions les plus passionnantes que j'ai dû avoir avec toi. J'peux toujours pas blairer ces foutus hollandais, mais j'aimais bien t'en entendre parler.

     Après, vous avez eu tout un moment où vous êtes restés assez simple. C'est sans doute comme ça que les gens se rappelleront de vous d'ailleurs. Vous vous connaissiez bien avec Meg déjà, et ça se voyait. Vous dégagiez vraiment un belle complicité, ça faisait plaisir à voir. Et ça se voit sur les photos d'ailleurs. Vous étiez paisibles, sûrs de vous mais vous restiez humbles. Tu te souviens de ça, Jack ? T'es pas nostalgique de cette période ? Je sais, t'as dit que tu voulais garder intact ce qui était beau et tout... Une manière de s'arrêter avant de se planter. T'as sans doute raison. Mais merde quoi, vous aviez de la gueule. Y'a plein de gens qui croyaient en vous à ce moment là. Et puis ça te ressemble pas trop, cette sorte de prudence...

     Bref, j'vais pas te bassiner plus longtemps hein, surtout que des lettres tu dois en recevoir des fournées. Mais je m'inquiète Jack. Maintenant que t'es tout seul, j'ai un peu peur. Et puis tu sais, je te dis ça en tant qu'ami: si les gens t'appréciaient, c'est un peu parce que t'étais avec Meg. Maintenant que t'es tout seul, Dieu sait ce qu'ils vont penser. Moi je te suis Jack, toujours. Mais j'm'inquiète. Fais pas le con.


(Edit de 20h: alors euh... Je viens de me rendre compte que les  Inrocks ont fait pareil y'a quelques jours. Ça m'aurait étonné, l'idée est pas très originale. Mais je préfère ma lettre.)

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