vendredi 18 février 2011

PJ Harvey - Let England Shake

Je pourrais résumer la chronique qui va suivre en quelques mots sur la difficulté qu'il y a à savoir ce que l'on pense quand on est soumis à l'influence d'éléments extérieurs. Ce que je pensais il y a une semaine de PJ Harvey, c'est que ce n'était pas ma tasse de thé. Je ne me suis jamais plongé à fond dans son oeuvre, mais le peu que j'ai écouté ne m'a jamais convaincu. Je ne trouvais pas ça mauvais, mais décidément la musique de la rockeuse anglaise ne me touchait pas. Et White Chalk il y a 4 ans avait achevé de me convaincre. Du coup je n'avais pas prévu de m'attarder sur Let England Shake, qui ne devait être qu'une rencontre manquée de plus. Et puis j'en entends beaucoup de bien, PJ Harvey aurait livré un de ses meilleurs albums. Voilà qui pique ma curiosité, et je décide d'essayer. Je réécoute quelques uns de ses albums, je me dis que c'est pas si mal quand même. Et puis pour finir, je commence l'écoute de cet album si fascinant. Peut-être PJ va t-elle enfin parvenir à me faire ressentir quelque chose, ne désespérons pas.

Je me lance donc dans une non-chronique. Pourquoi non-chronique ? Parce que je n'ai rien à dire sur l'album en général? Pour celui qui connait et apprécie PJ Harvey, la première écoute de cet album est sans doute déroutante, mais pour l'auditeur presque néophyte que je suis, il est difficile de ne pas être immédiatement séduit. La mélodie sans âge de « Let England Shake » nous met d'emblée dans l'ambiance de l'album, entre parties vocales aventureuses et et production parfaitement léchée. Même effet pour « The Last Living Rose » et son chant qui peut faire penser à du Arcade Fire. LE morceau allant et accrocheur par excellence, dans lequel la chanteuse nous initie à ses nouvelles amours musicales avec un saxophone. Gloablement l'album est de la même tenure, même si bien sûr PJ Harvey donne à chacune de ses chansons une saveur particulière.

Le plus frappant est sans doute les harmonies vocales qui se remarquent particulièrement sur « England », « The Words that Maketh Murder » ou « On Battleship Hills » dans lequel elle s'aventure dans des hauteurs insoupçonnées. Et puis il y a les expérimentations musicales, que j'ai trouvé assez anecdotiques et d'effet inégal. La trompette de cavalerie de « The Glorious Land » est une mauvaise blague qui brise tout l'élan du morceau, mais les chants en contrepoint de « Written On the Forehead » donnent vraiment un résultat original pour ce morceau qui est sans doute est un des tout meilleurs de l'album. PJ Harvey semble ne jamais vouloir reproduire les même recettes qu'avant, ce qui est tout à son honneur, et c'est probablement ce qui a pu rebuter certains amateurs. Mais vraiment, je trouve que tout cela est extrèmement fluide. Voilà, j'ai trouvé ça bien et c'est tout. Je ne trouve pas grand chose à en dire de plus. C'est très bon, chaque morceau est vraiment bien travaillé et possède ses petits atouts qui font que Let England Shake est musicalement assez profond.

Mais, une fois de plus, ça ne passe pas avec moi. J'admire la qualité des chansons de loin, et je regarde en spectateur la réaction enthousiaste d'un public conquis. Et sur moi, aucun effet. D'ailleurs j'ai commencé à rédiger cette chronique il y a 3 jours, et j'ai déjà oublié l'album, qui s'est rapidement recouvert de poussière dans ma discothèque mentale. Et face à ce paradoxe, j'ai dû trouver une explication. Que voici: j'ai le sentiment que tout dans cet album a été composé pour être « grand » et intemporel. Les thèmes, avec l'Angleterre, les batailles, qui donnent un côté très épique. La production « parfaite » dose entre arrangements au-dessus des modes et élans d'audace pour ne pas que tout sonne trop lisse. Et avec tout ça, Let England Shake donne l'impression d'avoir 10 ans de bouteille dès la première écoute. Il me paraît bien trop lointain pour pouvoir me toucher.

Et là vous vous dites que j'aurais dû m'écouter dès le début et m'épargner l'écoute de cet album. Mais non, parce que j'ai apprécié l'écouter et c'est un bon moment. Mais un simple moment, et pas plus. C'est donc un sentiment étrange qui émane de Let England Shake, celui d'un disque qui a tout pour être grand, mais qui semble au final passer à côté de son sujet. Dans tous les cas, je salue l'artiste PJ Harvey qui, même si elle ne parviendra jamais à me convaincre, est capable de se renouveler sans cesse en gardant la même ferveur. Et à l'heure où on voulait déjà lui substituer une pseudo-successeuse en la personne d'Anna Calvi, l'anglaise montre qu'elle est encore loin d'être moribonde et qu'il faudra encore compter avec elle pour un moment.


A lire également sur Hop Blog et chez Blake. En écoute sur Spotify.

2 commentaires:

  1. Chronique très cohérente et argumentée et on a un point commun : je n'étais pas forcément fou non plus du parcours de miss PJ (question de sensibilité je pense) à part son "To Bring You My Love" et certains passages de « White Chalk ».
    Mais j'ai mordu plus que toi à cet opus.. j'aime son atmosphère légèrement tordue et sa production sophistiquée, ces pop songs un peu déviantes, ces vocaux dérangés et un point que j'aurai d'ailleurs dû plus développé : l'aspect très ludique, enfantin, de l'interprétation de ses chansons voire l'humour (regarder le début de la vidéo "The Words That Maketh Murder" où la miss semble s'auto-parodier) assez décalé par rapport à sa thématique guerrière très sérieuse.
    Je pense que c'est ce côté - plus la qualité des compositions - qui donne son caractère à ce disque qui m'a convaincu et j'en suis le 1er surpris, j'avoue !

    Sinon, merci encore pour le lien ;-)

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  2. Je te remercie, d'autant plus que j'ai eu un peu de mal à mettre mes idées en place sur cet album. Et je pense que tu as raison pour l'esprit enfantin, ça fait partie des choses qui fonctionnent inégalement sur cet album, mais qui lui donnent du charme. Je dois quand même avouer que c'est un des albums de PJ Harvey qui a été le plus proche de me convaincre. Mais quelle frustration de sentir que l'on est face à quelque chose de vraiment bien, pour finalement passer à côté.

    Enfin, je me rattrape avec le Radiohead...

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