jeudi 17 février 2011

Tim Hecker - Ravedeath, 1972

De Tim Hecker, je ne sais pas grand chose. Compositeur électronique canadien généralement bien reçu par la critique, je n'ai jamais eu l'occasion d'y prêter attention. On pourrait résumer son profil assez simplement. Il a tourné avec Aphex Twin et Godspeed You! Black Emperor, deux pointures dans leur genres respectifs, ça nous donne une idée des goûts du bonhomme. Titulaire d'une maitrise en philosophie, il a fait récemment des recherches sur « le bruit lourd à la fin du XIXe siècle ». Pour clore le tableau, on qualifie souvent sa musique d'ambient, et évidemment d'expérimental. Tim Hecker est sans conteste un expérimentateur, qui cherche à obtenir des sons particuliers. C'est un chercheur donc, quelqu'un qui a une certaine idée de l'ambiance qu'il veut obtenir, et qui va composer sa musique dans les moindres détails pour en arriver là où il le souhaite. A priori l'ambient n'est pas un genre qui m'attire particulièrement, je trouve souvent ça assez lénifiant. Mais le profil intéressant de Tim Hecker m'a convaincu de tenter le coup.

Comme on s'y attendait, Ravedeath, 1972 commence par du bruit. Mais l'introduction est parfaite pour comprendre la démarche de Tim Hecker. Dans « Piano Drop », il module le bruit, il le façonne jusqu'à obtenir la texture nécessaire qu'il fait évoluer, avec toujours le même bruit de départ. A partir de là, l'expérimentateur se lance dans quelques suites aux noms particulièrement évocateurs. « In the Fog » tout d'abord. Il est assez facile de comparer la musique de Tim Hecker à un épais brouillard dont on distinguerait par moment des silhouettes. Le brouillard semble ici être créer à partir d'une reverb énorme appliquée à quelques notes de piano, un orgue à tuyaux et un bruit de fond omniprésent. Un long voyage de près d'un quart d'heure où on navigue à vue. On aimerait se laisser porter mais il subsiste toujours une certaine inquiétude.

On poursuit avec « Hatred of Music ». On aurait envie de dire « la bien nommée », mais ce serait un peu facile. Certes la musique de Tim Hecker est bien loin de ce qu'on pourrait appeler de la musique, mais elle garde en commun avec elle une certaine recherche de la beauté à partir de sons. Tout juste pourrait-on dire que « Hatred of Music » rejette la musique « académique », et la beauté qu'elle dégage est bien plus abstraite, insaisissable. Le problème est qu'on a l'impression d'entendre des restes de la première partie dans la seconde, simplement etouffée et menée par de longues notes de basse. Enfin, « In the Air » est à la fois le morceau qui peut paraître le plus impénétrable (si tant est qu'il y ait un seul morceau dont on puisse mettre à jour le fonctionnement), et pourtant celui qui délivre le plus de reliefs sur lesquels s'accrocher. Mais je suis cette fois à court d'idées pour définir cette musique, et encore plus pour distinguer cette partie des précédentes.

Entre ces parties qui semblent avoir requis toute l'attention du compositeur on trouve quelques morceaux plus courts qui, pour le coup s'apparentent vraiment à de simples expériences, comme ce « No Drums » qui semble être une reprise d'une des grosses parties (j'ai beau en être convaincu, je suis incapable de l'identifier, ça vous montre quand même à quel point cet album est nébuleux), mais écoutée à travers une porte. Les deux autres ne m'ont pas particulièrement marqué, même si elles restent toutes aussi intéressantes que le reste. C'est-à-dire que quand on en est rendu au point où l'on écoute pour la pure et simple expérience sonore, chaque bruit devient potentiellement source d'intérêt. Mais on est bien incapable de savoir si on saisit ce qu'il faut ou pas, ou si l'on doit même se poser cette question.

Quand je fais le point, je me rends compte que j'ai écouté Ravedeath, 1972 comme on lit une thèse d'Heidegger*. Quelques parties distinctes, des chapitres qui font le point sur tel ou tel concept. On admire la qualité de la démonstration, on adhère carrément à quelques passages, mais une fois fini il ne subsiste qu'un vague sentiment sur lequel on peine à mettre des mots. Il est difficile de juger d'une telle oeuvre, tant elle n'agit que sur le moment même de son écoute. L'expérience est intéressante mais trop abstraite et -a priori- uniforme pour être appréciée en tant que telle.






Cette chronique est dûe au conseil avisé de Nathan, chez qui cet album est le meilleur du moment, comme en témoigne cet article dont la forme s'accorde sans doute mieux à celle de l'album. En écoute sur Spotify.

*: J'en ai jamais lu bien sûr, mais je connais suffisamment pour imaginer. Et puis c'est le type même du philosophe génial dont on ne comprend pourtant pas un traître mot de ses bouquins.

2 commentaires:

  1. C'est dans mes listes rapprochées d'écoute, celui-là!

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  2. Tu l'as proposé dans ta "sélection électro" (que je suis en train de faire), mais tu ne m'as donné que le lien vers les écoutes en streaming, pas celles de tes chroniques ! (ta modestie te perdra^^)

    Lorsque tu fais une sélection spéciale pour le CDB, tu n'es pas du tout obligé de mettre des albums dont tu as écrit une chronique, mais si tu en as fait une, ajoute son lien en plus de celui du streaming, qu'on puisse te mettre dans les "fiches albums"...

    A+

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