mardi 8 mars 2011

Noah and the Whale - Last Night on Earth

On ne peut pas toujours dire tout ce que l'on pense. On a une idée, on la suit, on trace son chemin, on tranche et forcément on laisse des choses de côté, au nom de la cohérence. Mais parfois, on se dit que ce serait dommage de ne pas tout dire. Alors on a inventé les parenthèses. Outil délicat aux fonctions multiples, les parenthèses sont souvent précieuses, qu'elles contiennent une simple information, un complément, un renvoi, une remarque, une précision, et j'en passe. Mais gare aux excès, à ces parenthèses qui en disent trop, qui nous font perdre le fil initial. A l'écrit, les parenthèses se manient bien. Mais pour le reste, c'est déjà plus délicat. Noah and the Whale a ouvert une parenthèse en 2009, en sortant The First Days of Spring, album-film semi-conceptuel qui s'est placé facilement dans mon top 5 de l'année, bien loin de l'album précédent, très conventionnel, et peu intéressant. Le problème de l'oral, c'est qu'on ne sait pas quand une parenthèse est ouverte, et quand elle se referme. C'est pourquoi j'ai attendu avec impatience ce nouvel album Last Night on Earth, croyant que Noah and the Whale était devenu pour de bon un groupe qui compte.

Oui mais voilà, The First Days of Spring n'était qu'une parenthèse. Le genre de parenthèse dont le contenu est si brillant qu'il eclipse tout l'intérêt de la ligne avec laquelle il rompt. Evidemment, Last Night on Earth n'est pas un retour net à Peaceful, the World Lays me Down. Musicalement, l'indie folk de Noah and the Whale s'habille de claviers notamment, ce qui donne une ambiance tout de même différente à l'album. Cette idée conventionnelle et largement éculée depuis quelques années n'est pas très rassurante, mais c'est surtout dans la démarche que le groupe anglais effectue un vrai retour en arrière. Comment peut-on accepter de réécouter des chansons indie fraîches et sans complexes quand on a goûté à un niveau nettement supérieur d'écriture, à des chansons qui alliaient légèreté des paroles et profondeur des arrangements ?

Car dans Last Night on Earth, les arrangements ne sont pas vraiment du genre à nous convaincre. Adoptant souvent un rythme new-wave assez étonnant, Noah and the Whale baigne dans un univers duquel il est bien difficile de se dépétrer. « Tonight's the Kind of Night » est une chanson pop qui a sa petite efficacité dissimulée derrière une couche de kitsch trop épaisse pour avoir envie de retenter l'expérience. Par un procédé dont j'ignore tous les mécanismes, toutes les chansons de l'album sont en partie gâchées par une production qui enlève une bonne partie du charme de Noah and the Whale. « L.I.F.E.G.O.E.S.O.N » est une chanson plutôt bonne en elle-même, mais qui ne laisse pas un goût si savoureux dans la bouche, la faute à une ambiance un peu trop pop. Il en va de même pour « Just Before We Met » ou « Waiting for my Chance to Come »

Le pire étant sans doute à entendre dans « Wild Thing », qui démarre dans les même tons que First Days of Spring, mais qui semble pourtant gâchée dès le début par un je-ne-sais-quoi qui fait que l'on grince plus des dents en pensant aux Dire Straits qu'on ne sourit sincèrement au charme de la chanson. Une fois qu'on a bien compris que plus rien n'aurait la même saveur, on réécoute en essayant de se purger de tout a priori. Mais rien à faire, il est difficile d'accrocher à un album qui n'a d'intérêt que dans quelques chansons qui parviennent à nous faire oublier l'ambiance gentiment kitsch de l'ensemble, comme « The Line », assez séduisante, ou « Paradise Stars », interlude instrumental qui jure un peu avec le reste, mais reste agréable. Seule « Old Joy » semble pouvoir réveiller les plus grandes qualités du groupe.

Noah and the Whale a donc refermé sa parenthèse, et est revenu au statut de gentil groupe indie aux chansons éphémères, alors qu'il a prouvé qu'il pouvait être bien plus que ça. Last Night on Earth est typiquement le genre d'album qui mériterait une réédition unplugged, démo ou tout simplement dépouillée. Car le groupe anglais a vraiment un bon songwriting, mais il pêche par des choix musicaux souvent décevants. On n'a désormais plus qu'à espérer que Noah and the Whale aura encore à l'avenir quelque chose à dire de plus que son discours devenu monotone, une autre de ces remarques pertinentes qui vous font changer d'avis sur quelqu'un.


En écoute sur Spotify.

7 commentaires:

  1. Ouais, vivement que le chanteur se fasse larguer à nouveau.

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  2. Cool cette critique Spiroid !:) Bien vu l'angle avec les parenthèses :)

    Pour l'album... Bon bah voilà je n'aimais déjà pas le précédent et donc là j'ai vraiment trouvé que c'était une sacrée purge...

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  3. Oui, bien vu l'histoire des parenthèses.
    En fait on a le choix : ou l'on se désole de cet abandon des pièces mélancoliques de "First Days of Spring", ou alors en " popamateur" on se contente des ces gentilles vignettes pop en regrettant toutefois ce retour à un son FM daté avec utilisation conventionnelle des synthés, moins gracieuse que les tenants d'une folktronica inventive comme les délicieux Freelance Whales (pour rester dans les groupes à nom de baleines)...

    On sera pas d'accord sur "Wild Thing" qui m'a paru au-dessus du lot et m'a rappelé un peu de la grâce des Go-Betweens, beaucoup plus que le vieux groupe fade de Knopfler et j'ai du mal avec "Old Joy" parasité par ces choeurs lisses très "american sound", le disque a été enregistré en Californie et ça s'entend ! :-)

    Mais dans l'ensemble, suis d'accord, un disque modeste mais trop anecdotique qui risque de ne pas laisser de grandes traces....

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  4. @Nathan: Je sais pas si ça nous donnerait un nouveau First Days of Spring, mais si ça pouvait donner un petit coup de fouet...

    @Benjamin: J'ai vraiment adoré le précédent, alors qu'en général ce genre de choses me lassent vite. Ils avaient trouvé la bonne formule.

    @Blake: Je connais ni Freelance Whales ni Go-Between, mais ça fait plusieurs fois que je vois leur noms, je vais jeter une oreille. Je suis d'accord avec toi sur le fond, mais la déception l'emporte...
    Pour "Wild Thing" et "Old Joy" c'est un peu sur l'ambiance générale que j'ai jugé, mais au final elles ne sont pas si opposées je pense, ce qui explique notre léger désaccord. :)

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  5. Salut,

    D'accord avec la critique grosse déception, il n'y a plus rien de ce que j'avais tant aimé sur First day Of Spring (les arrangements, la montée en puissance des morceaux, ce côté mélancolique,...). Seul Wild Thing semble un peu surnager.

    Déçu...

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  6. J'ai écouté l'album plusieurs fois, mais il y a pas... Je reste persuadée que Life is Life, la première chanson de l'album, aurait pu être dans la BO du Roi Lion... Même impression que toi pour le reste.

    Assez étrange, je les avais vu en live pour la sortie de "the first day of spring" il y a peut être un an, et j'avais bien accroché à "Tonight's the kind of night", qui gardait l'esprit live de l'album, tout étant plus énergique. Sauf que j'étais persuadée que les paroles étients "Tonight's the night"... ça aurait été mieux, le kind est de trop.

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  7. On en parle ici aussi: http://vocododo.blogspot.com/2011/05/tonights-kind-of-night-noah-and-whale.html

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