vendredi 25 mars 2011

Skins - Saison 5



ATTENTION SPOILERS !
Pour la deuxième fois depuis le début de la série, les créateurs de Skins ont décidé de changer totalement leur casting. On le savait, et on ne l'attendait pas avec une excitation particulière, le dernier changement de casting n'ayant pas été une totale réussite. Mais revenons en arrière: qu'est ce que Skins ? Présentée comme une autre série sur les ados, en avançant l'argument d'un réalisme plus cru, Skins est pourtant bien plus que cela. Avant toute chose, Skins est un concept. Celui de suivre un groupe de jeunes dans le lycée de Roundview à Bristol. La première saison nous introduit les personnages, et la seconde développe une intrigue souvent plus profonde. Skins c'est une esthétique devenue rapidement identifiable, entre une photographie colorée sans être criarde qui semble retranscrir la fraîcheur désenchantée de la jeunesse anglaise, et une mise en scène intime qui explose dans des grands moments d'intensité. Skins c'est aussi et presque surtout sa musique, toujours très bien choisie et qui fait la part belle aux artistes indépendants du moment. Bref, Skins propose une certaine vision de l'Angleterre, sans doute pas la plus réaliste, mais certainement la plus attachante.

Après deux premières saisons quasiment irréprochables, la seconde génération a vu l'arrivée de personnages qui jouaient beaucoup dans la surenchère, et dont les problèmes semblaient bien éloignés de ceux de l'adolescent moyen. C'est donc à la fois avec soulagement et appréhension que l'on attendait la troisième génération, sur laquelle dépendrait toute la réussite des deux prochaines saisons comme à chaque fois. On s'y attendait presque et pourtant on ne peut s'empêcher d'être déçu: les nouveaux personnages ne proposent pas grand chose de plus que leurs prédécesseurs. On se surprend même à voir les créateurs se vautrer dans des clichés qu'on pensait bien dépassés dans le premier épisode. Ils nous renvoient dans les séries américaines où le monde est divisé entre les gens beaux et populaires, et les freaks, marginaux au look étrange. Quand on sait avec quel brio la première saison de Skins avait fait voler en éclat ce modèle, il y a de quoi être déçu. Cette déception est à peine atténuée quand on voit que les scénaristes tentent de réparer l'erreur en nuançant du mieux qu'ils peuvent la simplicité de ces personnages, comme pour briser de l'intérieur le mythe du lycée américain.

C'est d'ailleurs une chose que j'ai apprécié, ce refus de la simplicité qui consistait à prendre des personnages atypiques dès le départ, pour au contraire choisir des stéréotypes et mieux renverser nos préconçus. Justement j'y viens, ces personnages, qui sont-ils ? On a donc Francesca « Francky », androgyne adoptée récemment par un couple d'homosexuels. Le freaks absolu rappellant grandement Emily, qui se revèle assez peu intéressant passé les deux premiers épisodes. Mini la fille canon et populaire, qui organise des défilés et sort avec le capitaine de l'équipe de rugby. Elle a beau être vierge et à moitié anorexique, elle reste une grosse conne, caricature ambulante, bien loin de Michelle. Son copain donc, Nick, le crétin sportif de base, qui ne pense qu'à baiser. Une sorte de Tony sans charisme. S'ensuit Grace, la bonne copine un peu décalée qui rappelle Jalander, Olivia le personnage creux et sans intérêt, qui ne sert qu'à foutre la merde dans la vie des autres. Rich le métalleux qui fait penser à Sid, Alo le puceau, sorte d'Anwar roux, Matty le mystérieux, sosie de Freddie. Bref vous l'aurez compris, aucun personnage n'est vraiment original, ils nous renvoient tous à ceux des saisons précédentes.

Pour autant cette saison n'est pas dénuée d'intérêt. Car chaque épisode portant sur un personnage, même les plus inintéressants parviennent à gagner une profondeur insoupçonnée. J'en prends pour exemple l'épisode sur Nick, qui montre avec une certaine finesse la pression sociale qui pèse sur le garçon qui se voit presque obligé d'agir selon un stéréotype. Comme toujours, la famille est un élément déterminant dans l'évolution du personnage, et ici le père « coach de vie » (qui fait penser au père Fitch dans la saison 2&3) est à la source du problème. De même pour l'épisode sur Alo, qui est bien plus qu'un onaniste débile à la Anwar, puisqu'il gagne le temps d'un épisode une complexité inespérée... qui rappelle Chris. Finalement l'épisode le plus original est sans doute celui sur Rich, qui ne cherche pas tant à complexifier le personnage qu'à nous faire rentrer dans l'univers hermétique des métalleux, de manière parfois maladroite, mais finalement touchante. Le principal problème de la série est que le coup de projecteur sur un personnage eclipse totalement les autres, et que finalement chacun retourne à sa superficialité après l'épisode qui lui est consacré. Nick redevient un crétin sans intérêt dans les derniers épisodes, et je ne parle pas de Matty, le beau gosse mystérieux qui perd tout charme à partir du moment où il se tape la fille la moins classe du monde.

Bref, si les personnages ne montrent aucune nouveauté, on pourrait attendre un renouvellement des thématiques sur lesquelles s'appuie l'intrigue. Là encore, rien d'original. L'amitié entre garçons, les premières expériences sexuelles, la marginalisation, la pression familiale, tout ça a déjà été traité dans les saisons précédentes. Même le trio amoureux Olivia-Matty-Francky rappelle évidemment le trio Katie-Freddy-Effy des saisons précédentes. Reste la relation entre Nick et Matty les deux frères, qui est assez originale dans la série, mais malheureusement plutôt convenue dans l'absolu. Et puis les créateurs ont décidé de garder ce satané David Blood, grand méchant proviseur qui ne gagne pas vraiment d'intérêt à être le père d'un des personnages. Skins ne fait donc que suivre sa petite routine. La mise en scène et l'esthétique générale est toujours très soignée, la musique fait toujours bien plaisir à entendre, Bristol reste un décor très sympathique. D'ailleurs, comme d'habitude, l'épisode final nous fait sortir de la ville pour une virée dans la campagne qui fait exploser les intrigues du groupe pour mieux les ressouder dans un final plein de bons sentiments. Il est vraiment dommage qu'une saison pourtant régulièrement agréable, et qui avait su retrouver sa simplicité se finisse de cette façon. Au final, Skins n'a plus rien d'autre à proposer que les qualités qui ont fait son succès. C'est déjà bien certes, mais ce n'est plus suffisant.



 

7 commentaires:

  1. Je te trouve assez dur. Parce que oui, ils reprennent les mêmes personnages que les saison 1 et 2 et ne se renouvèlent pas tellement là-dessus, mais ils savent toujours les rendre attachants. Même les gros cons, et surtout les gros nazes. Parce que, comme tu le dis, l'épisode centré permet de donner une profondeur aux personnages. Pas qu'on s'identifie, mais on se prend à les apprécier alors que c'est des tocards en général.

    Après, rien de nouveau, sauf que leur petite routine me satisfait toujours. Ils exagèrent toujours sur les excès de ces ados, mais voilà, Skins est une série d'ambiance générale. Et ça, c'est largement suffisant pour moi.

    Puis un concert de Napalm Death c'est priceless.

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  2. Ouais je suis d'accord avec toi au fond. Moi j'ai trouvé que chaque épisode était plutôt bon, j'ai bien aimé ces nouveaux personnages etc Sauf qu'à chaque fois que je me prenais à aimer un truc, ça me renvoyait aux saisons 1 et 2, donc j'pouvais pas m'empêcher de trouver tout ça un peu facile.
    Mais en effet, rien que pour l'ambiance générale, Skins restera une bonne série quoiqu'ils foutent avec leurs personnages.

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  3. Et de toute façon rien ne surpassera Sid + Cassie.

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  4. D'accord avec Nathan!!! Mais j'ai quand meme regardé les 8 premiers episode en une journée! ça me paraît être suffisant ^^

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  5. Moi aussi je les ai regardé en une journée... Comme je le dis, l'ambiance Skins reste très attachante et chaque épisode est sympa en lui-même. Mais cela n'empêche pas que la série ne propose absolument rien de neuf, et donc on ne peut pas considérer que c'est une vraie réussite. S'il n'y avait pas eu de changement de génération, la saison aurait eu un intérêt très limité en fait.

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  6. Je te trouve un poil dur également. Je n'ai pas vu les deux derniers épisodes mais pour l'heure, c'est plutôt une bonne surprise, je trouve cette saison nettement meilleure que les deux précédentes. D'ailleurs au départ je ne voulais pas la regarder, et finalement je m'y suis pris assez facilement (alors que la saison 4, en comparaison, a vraiment été une punition que m'a infligé ma femme chaque semaine ^^)

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  7. En fait, le truc que j'appuie vraiment dans ton article -qui est globalement pertinent, c'est ce que tu appelle le "principal problème", c'est-à-dire le fait que les personnages ne prennent de l'ampleur que lors de l'épisode qui leur est consacré, et ensuite disparaissent quelque peu. C'est très juste... Mais malgré tout, tu n'en parle pas tant que ça !

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