lundi 28 mars 2011

Vite fait bien fait: The Finkielkrauts / Jeremiah Jae

The Finkielkrauts - Smog EP

Vus en concert il y a quelques temps, les Finkielkrauts m'avaient mis une sacrée claque. Leur rock nerveux et sombre, qui savait faire le dosage entre groove et dissonances était du genre à vous rester fiché dans les oreilles pour un bon moment. Ce qui est marrant, c'est que ça faisait longtemps que je les connaissais, à force d'en entendre parler par quelques uns de mes potes de Tours, ma ville d'adoption. Mais il a fallu que je déménage pour me rendre à l'évidence que j'ai cotoyé sans le savoir un excellent groupe pendant 2 ans. Distance, premier EP sorti chez Another Records l'an dernier balançait cinq chansons explosives et noise mâtinées d'un certain côté pop, et on plaçait déjà de grands espoirs dans ce groupe prometteur. C'est maintenant Smog que les cinq jeunes désormais dispersés aux quatres coins de la France nous envoient en pleine face. Et ça ne rigole plus. Toute la demi-heure de l'EP baigne dans une atmosphère a proprement parler « alternative ». Déjà parce que le groupe met en avant ses références du rock des 80's, on pense autant à The Fall qu'aux Jesus Lizard, ou bien sûr Sonic Youth.

Et puis il y a une réelle fureur punk chez ces jeunes là (il suffit de les voir en concert), mais de cette fureur canalisée et latente qui crée une tension incroyable, relâchée dans quelques finals épiques (« Happy Birthday Motorik », l'excellente « Bordeline »), ou dans des brûlots rock aux riffs inoubliables (« Did You See the Blood »). Pour autant la musique des Finkies ne s'enfonce pas dans un rock trop encadré et ancré dans un genre délimité. Non, le groupe n'aime pas les barrières, et fait parler quelques influences krautrock et cold-wave qui lui permettent de s'exprimer avec une identité sonore très personnelle. « Distance » rappelle l'EP du même nom, « Hatred Song » déploie des trésors de rock expérimental impressionnants, et enfin « Incorrect » constitue une sorte de synthèse accrocheuse de toutes leurs amours musicales, comme un futur hymne de concert. Plus que jamais les Finkielkrauts montrent qu'ils ont du talent, et on ne peut que se mordre les doigts de passer à côté d'un tel groupe, alors jetez-vous sur Smog, car peu de groupes sauront dégager un son comme ça cette année, j'en suis certain.




A lire également sur Toujours un coup d'avance. En écoute sur Spotify.




Jeremiah Jae - Rappayamatantra EP

Repéré par Flying Lotus et son label Brainfeeder, Jeremiah Jae est un autre de ces producteurs dont on ne sait rien mais qui créent le buzz avec un univers bien particulier. Le sien est réellement indéfinissable. Dans le titre introductif « The Dirty Collector Pt. 1 », on entend distinctement un sample de « Revolution 9 » des Beatles, ce fameux titre où John Lennon et sa gonzesse se sont amusés à faire des collages sans queue ni tête pendant huit minutes. Le genre de pistes qui devait paraître furieusement avant-gardiste en 1968. Le Rappayamatantra de Jeremiah Jae sonne comme un hommage à cette démarche rudimentaire mais qui fait pourtant son petit effet. Tous les titres ne sont pas aussi abscons que le premier, mais il y a une sorte d'unité dans le n'importe quoi, dans cette façon de superposer des sons les uns sur les autres sans qu'on comprenne vraiment le cheminement. Une chose est sûre, quiconque écoutera l'EP de Jeremiah Jae en ressortira avec la conviction que cet homme n'est pas comme nous. 

Rappayamatantra alterne entre des titres expérimentaux assez complexes et déconcertants comme « Kings Bop » ou « Stones Passages » et plusieurs autres qui donnent davantage dans un abstract hip-hop décalé mais parfois redoutable comme ce « Guns Go Off » au groove innatendu. Enfin, quelques titres instrumentaux viennent s'intercaler entre ces deux extrêmes et sont sans doute ce qui reste le plus intéressant dans la musique de Jeremiah Jae, et qui semblent révéler le plus sur la teneur d'un prochain album. « Verticals Pupils » et « Glitter Kit » dessinent un monde qui semble avoir été imaginé sous l'influence de Maharishi Mahesh Yogi ou je-ne-sais-quelle-sorte de gourou un peu fracassé. Bref, Rappayamatantra est un OMNI qui mérite d'être écouté car non dépourvu de qualités, mais pourtant on peine parfois à accrocher à l'ensemble, au-delà de l'intention du producteur. Un peu comme certains films de Jean-Luc Godard, qui sont frappants parce qu'on comprend rien mais qu'on ressent tout de même une certaine virtuosité. A consommer avec modération.




A lire également sur Chroniques électroniques. En écoute sur Spotify

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire