mardi 31 mai 2011

Battles - Gloss Drop

Il y a des musiques proprement spectaculaires, de celles qui vous marquent à vie ou vous vident simplement la tête de manière éphémère, comme une sortie au cirque. Ça me rappelle l'histoire d'un jongleur. Il était très apprécié car il avait une technique bien particulière. Il s'enfermait dans un grand cube de verre, lui-même monté sur une sorte de trampoline, et il jonglait avec des objets pour le moins inhabituels. Imaginez une étoile en trois dimensions, comme un oursin un peu grossier. Elle était faite de cristal, remplie d'eau ou d'autre liquide et contenait une petite boule de caoutchouc. Et il jonglait avec ces étranges objets. Souvent 3 ou 4, parfois plus. Et c'était un spectacle fascinant, on le voyait dans son cube de verre en train de jongler comme personne, et les légers reflets des parois donnaient une impression de multiplicité qui rendait le numéro encore plus stupéfiant. 

Mais ce qui l'avait rendu célèbre ce n'était pas tant son jonglage que ces fameux objets avec lesquels il jonglait. De temps en temps, il en laissait tomber un, et il était impossible de savoir dans quelle direction il allait rebondir. L'étoile explosait contre la paroi, faisait jaillir son contenu sur le jongleur, et la boule de caoutchouc allait rebondir dans le cube sans plus jamais s'arrêter. Il répétait ce même numéro tous les soirs, et les gens revenaient le voir à chaque fois, car ce n'était jamais pareil. Son spectacle fascinait autant par son aspect inédit que par sa réalisation. Et sa réalisation impressionnait autant par la virtuosité du jongleur que par l'imprévisibilité de son dénouement. C'était une des choses les plus incroyable qu'il ait été donné de voir, cela va sans dire.

Puis, il en a eu marre du cirque. Mais comme il était une de leur principales attractions actuellement, tous les gens qui avaient travaillé avec lui ont décidé de retravailler son numéro avec leurs moyens. La tâche ne fut pas aisée, car aucun d'entre eux ne savait jongler comme lui, et le jongleur avait emporté ses précieux objets avec lui lors de son départ. Ils ne pouvaient donc conserver que l'aspect extérieur du spectacle, et son côté imprévisible. Mais la perte inévitable de l'ingrédient humain du spectacle devait forcément amener un travail pour le rendre encore plus impressionnant, en compensation. 

Dans le grand cube en verre monté sur un trampoline, il fixèrent de nombreuses boules de cristal remplies de peinture aux parois. De même ils installèrent une caméra à chaque coin supérieur du cube, dont l'image était retransmise sur huit grands écrans tout autour de l'arène. Lorsque le numéro commençait, les projecteurs étaient éteints. Un tuyau inséré dans le cube lançait à intervalles régulier des boules en caoutchouc, qui allaient rebondir un peu partout, et éclater de temps à autre les boules de cristal et la peinture. A la différence de l'ancien numéro, les personnes qui découvraient le spectacle comprenaient très rapidement comment il fonctionnait, même s'il restait tout aussi imprévisible. Visuellement, c'était bien sûr bien au delà de ce qui se faisait avant.

Seulement voilà, ce n'était pas le genre de spectacle qu'on allait revoir tous les soirs. Il était trop mécanique, il manquait de magie et de classe. En un mot: il manquait d'humain. Bien sûr qu'il était assez fascinant de regarder toutes ces boules exploser aléatoirement, mais comment s'attacher à quelque chose de si impersonnel ? Le numéro du jongleur paraissait avoir plus d'esprit, il avait sa place au cirque et l'on en gardait assurément un souvenir marquant sur la durée. L'actuel numéro ressemble plus à du divertissement écervelé, il vous met sur le cul le temps d'une soirée, mais ne s'imposera pas dans votre mémoire. Mais après tout, c'est aussi ça faire du spectacle, non ?




En écoute sur Grooveshark.

4 commentaires:

  1. Joli moyen détourné. C'est tout à fait ça. Mais j'adore quand même.

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  2. Oui j'ai dû ruser, parce que je me suis rendu compte qu'avec Battles on rentre vite dans des considérations trop techniques, et je ne suis pas tellement outillé pour ça. Bon j'avais un peu la flemme aussi, et j'trouvais ça plus amusant.

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  3. Merde alors là quelle "critique"! On peut y faire tellement de lectures, la rattacher à l'album, la lire de manière totalement autonome, il peut s'en détacher une sorte d'extension réflective (ouais ça fait pédant extension réflective) ou de "morale" si certains préfèrent (lisez bien les guillemets car je ne parle pas de morale moraliste...). Enfin c'est la claque, c'est presque déprimant tellement c'est bien foutu (mais surtout continue ainsi) et puis c'est tellement mieux écrit que sur d'autres blogs musicaux à prétention littéraires... Mais je ne citerai personne!

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  4. Merci beaucoup ! J'avoue qu'ayant écrit cet article, j'ai un peu de mal à le faire sortir du cadre strict dans lequel il a été écrit, mais ça me fait plaisir de voir que quelqu'un ait pu le faire !
    C'est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps, écrire une critique comme un conte, de sorte qu'il soit à la fois une reflet de ma réflexion sur l'album et un texte en lui-même qui peut donner à réfléchir. Je ne pensais pas avoir atteint cela avec et article, mais ce n'est pas moi qui juge ! En tout cas ça me donne envie de continuer dans cette voie.

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