lundi 23 mai 2011

Gang Gang Dance - Eye Contact

Gang Gang Dance est un groupe expérimental. Ceci n'est pas une accroche digne d'un mauvais article de Wikipedia, mais le principal constat que l'on fait après avoir écouté le dernier album du groupe, Eye Contact. Ce n'est pas qu'ils font de la musique expérimentale, c'est que chacune de leur prestations est vécue comme une expérience. Les spectateurs sont des cobayes, et la scène un laboratoire. A priori, on pourrait facilement les prendre pour des scientifiques du dimanche: ils viennent de New-York, ils ont sorti leur dernier album chez Warp et leur musique est aujourd'hui on ne peut plus ancrée dans la mode musicale du moment. Sauf que tout cela n'est que malheureuses coïncidences. Sans en avoir l'air, Gang Gang Dance est le principal instigateur de cette esthétique « tribale électronique » qui sévit sur les ondes depuis quelques années. Aujourd'hui, quand un groupe pop sonne « expérimental », il sonne avant tout comme Gang Gang Dance.

Eh oui, il y a des groupes comme ça qu'on ne peut pas vraiment accuser de démagogie, malgré un statut qui les bazarderait rapidement avec tous les autres groupes hypes surestimés. Seulement voilà, il y a ceux qui savent briller en se plaçant au sommet de la vague, et ceux qui font de la plongée. Il y a les sprinters et les coureurs de fond. Gang Gang Dance fait évidemment partie de la seconde catégorie. Plus que jamais, on a la profonde sensation que leur album n'est pas un catalogue de chansons destinées à vous en mettre plein la vue, de quelque manière que ce soit. La démarche de Gang Gang Dance est beaucoup plus insidieuse. Je me souviens d'un de leur concert auquel j'avais assisté. Étrangement, j'étais assis dans un fauteuil très confortable. Ils ont commencé à jouer, et c'est la curiosité qui dominait avant tout. Au bout d'une dizaine de minute, je me rends compte du chemin parcouru, et je suis subitement frappé par la force de l'expérience à laquelle je suis livré.

Eye Contact recrée les conditions de l'expérience live. Sans doute cela était-il déjà le cas sur God's Money et Saint Dymphna, mais pour la première fois ils le réalisent à l'échelle de l'album entier. Confortablement installé par les premières minutes de « Glass Jar », il faut attendre l'explosion d'une mélodie de clavier avant de réaliser pleinement ce que l'on est en train d'écouter. A l'image de cette première épiphanie, Gang Gang Dance a emprunté deux directions paradoxalement opposées. D'un côté, les expérimentations sont diluées sur tout un album, ce qui a pour effet de ralentir le rythme et de diminuer le nombre de moments forts, et de l'autre, la musique se fait plus immédiate, notamment avec ces claviers et ces rythmes qui s'insinuent sournoisement dans votre tête. L'effet inévitable de ce léger virage est que les chansons sont inégalement marquantes, quand bien même l'ambiance générale agit constamment. Les mélodies de « Chinese High » vous feront croire à un moment de calme, avant que le rythme coupé-décalé de « MindKilla » et ses claviers nerveux ne vous mettent une paire de claques bien senties.

Cette dernière représente l'archétype de tout ce qui fait la force de Gang Gang Dance. Un concert de Gang Gang Dance est comme un lobotomie, en sortant vous ne savez ni où vous êtes ni ce que vous faites là. « MindKilla » c'est exactement ça. Son rythme repris des pires titres de pop africaine vous fait un choc, et vous refusez de croire à ce qui vous arrive. Gang Gang Dance pénètre en force dans votre esprit et vous restez impuissant. Pire, vous prenez goût à ce mélange improbable entre electro 80's rentre-dedans, percussions tribales et sursauts bruitistes jouissifs. Vous ne l'auriez jamais fait sans que l'on vous y force. Et c'est tout le talent expérimental des new-yorkais, de parvenir à faire danser ses auditeurs sur n'importe quoi pourvu qu'on y mette de la conviction et qu'on sache le mettre dans de bonnes conditions. Eye Contact n'est qu'aller et retours entre le confort et la surprise, l'un étant la condition sin equa non pour permettre à l'autre de prendre plus de recul, et de frapper plus fort. Le groove lent de « Romance Layers » agira comme un agréable sédatif avant le coup de pic à glace dans l'orbite de « Thru and Thru ». Une fois, deux fois, trois fois. Encore et encore.

Gang Gang Dance affirme de manière brillante son statut de laborantin, et Eye Contact est une des expériences les plus troublantes auxquelles on a pu être livré. Moins spontané et immédiat qu'à l'accoutumée, Gang Gang Dance acquiert d'autant plus de force lorsqu'il se déchaine. Bourreaux de travail, ils livrent un album long en bouche marquera lentement et durablement l'esprit de ceux qui s'y laisseront aller. Un mois après Panda Bear, Gang Gang Dance est la preuve que les musiciens les plus hype peuvent également être ceux qui font le plus d'efforts pour mériter leur renommée.






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