vendredi 27 mai 2011

Top of the Folk: Kurt Vile / I Come from Pop / NFL3 @ L'Antipode, Rennes

Le festival Top of the Folk n'a pas très bien porté son nom hier soir à l'Antipode. La soirée a pourtant commencé de façon très conventionnelle. Comme d'habitude, je suis arrivé bien trop en avance, ce qui m'a valu la peine de voir défiler devant moi tous les privilégiés avec leur pass autour du cou. Du bénévole au technicien, de l'accrédité au groupe de lycéens qui devaient interviewer les artistes (ils étaient déjà aux Trans les salauds), je ne suis entouré que de gens d'exceptions. Et je me sens un peu marginalisé avec mon billet payé au prix unique, même pas de réduction étudiant. Comme d'habitude, on retrouve sensiblement les mêmes personnes, ce qui donne l'impression étrange que les concerts sont organisés seulement pour ce groupe de passionnés qui se déplacent systématiquement aux soirées de l'Antipode. Et comme d'habitude, le big boss de la Route du Rock est là, parlant à qui veut bien l'écouter. L'occasion d'en apprendre un peu sur la programmation de l'édition été du mois d'août, sur le coût démentiel d'un concert d'Aphex Twin ou tout simplement sur les anecdotes de cul des coulisses du festival.

Et c'est donc un groupe relativement conventionnel qui va lancer cette soirée placée sous le signe des habitudes routinières. A entendre son goût pour les mélodies de guitares simples et les suites d'accords imparables égrenés sur guitare acoustique, il ne fait pas de doute que I Come from Pop porte bien son nom, lui. On est rapidement charmé par les chansons sans prétention du groupe brestois, mais passé un petit quart d'heure, on commence à trouver tout cela un peu prévisible. Heureusement les musiciens ont le bon goût de tordre leurs morceaux vers d'autres directions, et les rares moments où le chant s'enflamme sont vraiment convaincants. On pense parfois aux Dodos dans cette façon de faire prendre aux chansons un chemin sinueux, guidé par le rythme de la batterie. C'était un bon moment finalement, sans grande prétention et malgré un certaine frustration d'avoir vu certaines chansons s'arrêter un peu brutalement, ce qui avait pour effet de couper une partie des spectateurs (déjà peu nombreux) dans l'élan fragile qu'était parvenu à créer le groupe.

Pause bière cigarette. Le bar avait d'ailleurs le fonctionnement le plus tordu que j'ai jamais vu, heureusement que les gens étaient sympathiques. La consigne du gobelet à payer, je connaissais, mais l'inscription à l'association du bar, avec nom et adresse, remise de ticket et service de la boisson tant désirée à l'autre bout de la salle, c'est totalement inédit ! Quand je reviens dans la salle, je m'aperçois que l'américain aux cheveux longs qui avait voulu me convaincre d'acheter un maxi de Kurt Vile « très rare, en seulement 6 exemplaires », était en fait le bassiste du groupe. Et le guitariste parfois. Il a même empoigné un saxophone le temps d'un « Freak Train » d'anthologie pour finir le concert. Le concert de Kurt Vile et de ses Violators a amené l'Amérique à Rennes pendant une petite heure. Des musiciens on aura surtout vu les cheveux, qu'ils arboraient tous sans retenue, à des longueurs variables. La raison de la présence de Kurt Vile à l'affiche de Top of the Folk est sans doute dûe à son EP Square Shells de l'an dernier, et à la tournure très folk qu'ont prise ses chansons dans son dernier album, Smoke Ring for my Halo. Mais il semblerait que ma comparaison avec Neil Young soit encore plus pertinente que je ne l'imaginais, car il s'est trouvé que Kurt Vile pouvait habiller ses chansons très différemment dès lors qu'il était accompagné de son groupe.


Il est assez rare de pouvoir assister à un concert rock totalement assumé mais pas ridicule pour autant. Tous équipés de Fender Jaguar, Jazzmaster ou autres du même genre, les musiciens nous laissent comprendre dès le début que l'on n'assistera certainement pas à un concert de folk. Ajoutons à cela le supplément d'electricité inhérent à un concert, et nous voilà embarqués pendant une heure dans un rock enfumé et fiévreux, américain sous toutes les coutures. Kurt Vile et ses Violators parviennent à faire le parfait dosage entre la chaleur et l'intimisme du folk, l'énergie insolente du rock & roll, et la mélancolie camouflée du shoegaze. C'est ainsi que chacune des chansons vous saisit le coeur le temps d'un couplet avant de vous abasourdir par le déluge des guitares. Kurt Vile fait preuve d'un détachement tout dylanien, la timidité se substituant au cynisme mordant de son aîné. Les chansons déjà sublimes par essence de Kurt Vile prennent une autre dimension en concert, beaucoup plus rock dans le son, mais gardent un vrai esprit folk dans l'interprétation.

Pause cigarette, sans bière cette fois, parce que j'suis fauché. Je me rends compte au bout d'un moment que les fumeurs d'à côté sont Kurt Vile et son guitariste. Technique du fumeur pour aborder quelqu'un: proposer quelque chose pour rendre service. Il se trouve que j'avais mes filtres dans la main, je les ai donc proposés comme un débile, et me suis fait rembarrer avec un sourire qui semblait dire « Tapette, pas besoin de filtres moi » Bon. Je leur demande s'ils connaissent Troy von Balthazar, qui était la tête d'affiche de la soirée de ce soir. Apparemment non, et après avoir laborieusement essayé d'expliquer qui c'était et qui était Chokebore, j'abandonne, un peu dépité. En tout cas, malgré ses goûts pour le folk, on trouvera difficilement plus rockeur que Kurt Vile dans l'attitude cool et détachée, c'est certain. Dernier groupe, NFL3 assure un set étonnamment court, dans un genre qui tend à ressembler à du math-rock instrumental et parfois expérimental. Sauf que la batterie est parfois trop monotone pour que tout cela décolle véritablement. Quelques moments de groove dansant et quelques autres d'expérimentations un peu vaines, et NFL3 écourte son set devant une salle qui se vide à vue d'oeil. On sort de la salle, on voit l'affiche du festival, et on se dit: « Ah bah c'était pas Top of the Folk ce soir... ». Mais c'était une belle soirée tout de même, comme d'habitude.

7 commentaires:

  1. Merci pour le report je pouvais pas être présent mais j'étais quand même curieux de ce monsieur Vile.
    Troy a aussi joué hier soir ? Il joue ce soir à l'aire libre ! Je pense que ça marche dans le même sens : faudra demander à Troy s'il connait Kurt Vile aha !
    Floret a précisé combien coutait vraiment Aphex Twin ? Vas-y balance les anecdotes stp :P

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  2. Je me suis mal exprimé, en fait Troy joue bien ce soir seulement. Je ne pourrais pas venir (la flemme d'aller jusqu'à St Jacques, et puis pas l'argent).
    Je pense que Troy ne connait pas plus Kurt, il est pas très au courant des nouveautés je crois.

    Floret a pas précisé le chiffre exact, mais il a dit qu'ils avaient hésité, parce qu'au delà du cachet, un concert d'Aphex Twin c'est un travail monumental pour les techniciens. J'pense que c'est bien au delà du concert de Massive Attack l'an dernier.

    Quant aux anecdotes, y'avait notamment l'histoire de deux jeunes qui sont allés se promener en dehors du site, et qui ont fait une chute dans les douves en pleine action... ^^

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  3. Ha oui le fonctionnement du bar de l'antipode, presque kafkaïen!
    Je n'avais pas fait gaffe que tu étais de Rennes, moi je ne le suis plus depuis 8 mois... Enfin peu importe. Quoique, si j'étais encore sur Rennes, tu aurais pu me voir jouer avec Eilinora à la médiathèque. C'est une amie, et on est plusieurs musiciens à tourner (avoir tourné, ou tourneront à nouveau) autour pour jouer quand les circonstances le permettent.
    Pour terminer pour l'instant je dois dire c'est un plaisir d'avoir découvert ton blog.

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  4. Merci ! :) C'est marrant pour le bar j'me souvenais pas que c'était si compliqué.
    Je suis sur Rennes en effet, depuis 9 mois (on s'est à peine croisés ^^), avant je faisais partie de la grande communauté des bretons expatriés.
    Je ne savais pas qu'il y avait également des concerts à la fac (quoique ça me surprend pas, pour chaque festival la fac prend sa part du gâteau, et c'est plutôt bien).
    C'est pas mal ce qu'elle fait ton amie d'ailleurs, j'viens de jeter une oreille sur le myspace, dommage que le son d'enregistrement ne soit pas à la hauteur. J'me réveille trop tard pour aller au concert malheureusement.

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  5. Etrange soirée effectivement. mais tu n'étais pas le seul à avoir payé ta place, rassure-toi (tarif adhérent Antipode pour moi) ! Tous ces accrédités qui grouillaient dans la salle ont sûrement desservi l'ambiance de la soirée...
    Au plaisir de te lire en tout cas et de découvrir tes reports de soirées rennaises à venir !

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  6. Dahu Clipperton4 juin 2011 à 15:20

    Ah ah ah, mais pourquoi ça s'appelle "Top of the folk" ?!? x_O

    En effet Kurt Vile en live c'est autrement plus électrique que sur disque (surtout le dernier, bien sûr). Faut absolument que je le vois un jour, arf.

    Quant à NLF3 c'est le pompon : j'ai beau chercher, du folk j'en vois pas chez eux. Y en a chez Don Nino, le projet solo de Nicolas Laureau, mais chez NLF3, que dalle. A se demander ce que consomment les programmateurs, bref...
    Quoiqu'il en soit, je t'incite à jeter une oreille à "Ride on a brand new tide" de NLF3, y a moyen que cet album te branche, il me semble (mais au risque de me répéter : c'est pas du tout folk :D).

    Et histoire de faire mon chieur : "Il est assez rare de pouvoir assister à un concert rock totalement assumé mais pas ridicule pour autant."
    Lapin compris...

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  7. En fait quand je dis "concert rock totalement assumé" c'est pour tout le folkore cheveux longs, air désinvolte et cie... Typique des groupes de rock américains depuis des décennies, et cliché depuis presque aussi longtemps. En ce qui me concerne, ça a tendance à me faire gentiment rigoler ce genre d'attitude en concert, mais là j'ai pas eu cette réaction.

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