samedi 13 août 2011

Route du rock !



Ce n'est sans doute pas une nouvelle pour tout le monde, mais je suis un fidèle de la Route du Rock depuis 4 ans déjà, et c'est avec joie que j'ai appris au dernier moment que je pourrais participer à ma cinquième édition. Oui, parce que vous avez tous remarqué que je n'avais pas beaucoup de temps en ce moment. Tellement pas que j'ai failli louper le week-end que j'attends le plus dans l'année. Les joies de l'intérim... Bref, ce vendredi 12 août 2011 fut assez mouvementé, surtout pour moi qui suis maintenant si coutumier du Fort St Père que j'y vais un peu comme on va chercher le pain - un brin d'excitation en plus, quand même.

Mais là ce fut un peu différent. Levé avant 4h (rien que ça c'est fort inhabituel), je file à la gare pour 14h, passe en coup de vent chez moi sur les coups de 18h, histoire d'être propre avant de me salir, et me voilà déjà pressé par le temps. Fort heureusement, le temps je m'en fiche un peu, car j'habite non loin de la cité malouine, et qu'après avoir cru pendant presque 3 semaines que je ferais une croix sur le festival, peu importe l'heure à laquelle j'arrive. Vient le moment crucial: que mettre ? T-shirt cool ou chemise à carreaux ? Ne riez pas, ce sont les seules possibilités qui s'offrent à vous quand vous allez là-bas. C'est comme ça que j'ai reconnu les festivaliers à la gare de Rennes. Les jeunes bacheliers branchés, les barbus avec des tentes, les quarantenaires qui ont du mal à vieillir, tous n'ont pas su trouver de troisième option pour leur tenue. Pour ne rien changer, j'ai décidé qu'une fois de plus je serais le barbu avec une tente et un T-shirt. Je ne peux pas encore assumer de me fondre dans la masse des chemises à carreaux. Et puis la seule que j'ai était au sale, alors...

Le trajet fut laborieux, une fois de plus. Si ce n'est que maintenant j'ai une ou deux astuces pour ne pas me faire avoir trop longtemps dans les bouchons. Le temps de se garer, de monter la tente, de saluer quelques visages connus, de marcher (Dieu que c'est long, j'oublie à chaque fois) jusqu'au site, et me voilà prêt juste à l'heure pour le concert de Sebadoh. C'est ce qui s'appelle bien gérer son timing. La bande à Lou Barlow livre un set "agressif, pour ne pas qu'on perçoive les erreurs". C'est plutôt réussi et on fait un bond de vingt ans en arrière (ça fait beaucoup pour moi, mais on se comprend). Le genre de concerts qui fait énormément plaisir pour commencer, même si la succession de morceaux courts et saturés ne parviennent jamais vraiment à faire monter la température (même s'il faisait plutôt beau temps, c'est suffisamment rare pour être noté). On retiendra un groupe un forme, qui prend du plaisir à jouer, quelques morceaux de qualités, mais rien qui puisse effacer le sentiment que Sebadoh n'appartient plus vraiment à cet époque.



La suite annonçait également une reformation, mais pour un résultat tout à fait différent. C'était la deuxième fois que je voyais Electrelane, mais j'étais un peu passé à côté de leur prestation de 2007, innocence juvénile oblige. La séance de rattrapage fut monumentale, tout simplement. Commençant tout doucement pour accompagner les derniers rayons du soleil, les quatre filles de Brighton ont livré une prestation exceptionnelle, comme on en voit que rarement. Un concert maitrisé parfaitement avec cette petite touche de folie et de sex appeal qui fait que tout devient magique. Une très bonne surprise pour moi, et une bonne raison pour d'autres d'affirmer qu'Electrelane est le groupe le plus sous-estimé des années 2000.

Après cela, tout devient un peu fade, et j'en profite pour regarder autour de moi. Un petit gobelet pour agrandir la collection (beaucoup moins beau que celui de l'édition 2009 malheureusement, sauf si on prenait une pinte, mais lâcher 5€ pour un demi litre de mauvaise Kro ça m'emmerde un peu), puis je passe faire un tour au stand des labels pour faire mon intéressant. Comme d'habitude, aucune bonne nouvelle concernant Flotation Toy Warning chez Talitres, Kütü Folk me vante les mérites de ses pochettes cousues main, et veut me présenter Zak Laughed, sauf que ce dernier a disparu avant le concert d'Electrelane. Je discute des Finkielkrauts avec Another Records (qui étaient pas loin eux aussi), bref on a vraiment l'impression d'être entre potes. Malheureusement je n'ai pas réussi à avoir de réduction sur mes achats. C'est con quand même, c'est le seul moment de l'année où je m'efforce d'être sympathique, mais je n'ai aucun retour... D'ailleurs si l'an prochain vous me croisez, profitez de mon jour de bonté, je n'oserais pas vous refuser ni clopes ni frites. 



Mogwai commence, et la fatigue se fait sentir. Beaucoup moins attirants qu'Electrelane à tout point de vue, je m'éloigne un peu pour lire Paplar, l'excellent magazine du festival. Le concert de Mogwai était pourtant tout à fait convaincant, mais il leur manquait un je ne sais quoi pour faire prendre à leur chansons l'ampleur qu'elles méritent. Il est plus de minuit maintenant, et je ne suis plus tellement de bonne humeur. Les gens bourrés commencent à me lourder, et je dois encore attendre presque 2h avant de voir Aphex Twin. L'occasion de faire le point sur le public du festival. Beaucoup d'anglais, comme toujours. La (bonne ?) nouvelle de 2011 c'est le retour en force de la moustache. Assez discrets en général, ils se sont tous donnés le mot ce week-end et on ne voit qu'eux. On les entend même lancer "Non aux barbus, oui aux moustachus !" A part ça, le public rivalise d'imagination pour se faire remarquer, à la fois par le reste des festivaliers que par ses propres amis en période de cohue. J'ai recensé une coiffe indienne, un chapeau de cow-boy, un pirate (mais je suis pas sûr que c'était voulu pour lui...). Mais la palme revient évidemment à un ami qui a fait le choix judicieux du morphsuit à damier. Assurément incontournable.

Voilà que Suuns arrive sur scène. J'ai beau être levé depuis très longtemps, j'ai encore un reste de cynisme qui me fait sourire en les voyant. Jeunes et fringuants, ils ont livré un set assez inégal, entre rythmiques dansantes très efficaces et gros coups de mous assez fâcheux. Rien de surprenant, j'en attendais ni plus ni moins que ça, un groupe avec de bonnes idées mais pas assez bon pour soulever la foule. Il est 1h30, et Etienne Jaumet commence dans la foulée sur une autre scène. Désolé Etienne, je te verrais avec plaisir dans d'autres circonstances. A traduire par: sans Aphex Twin derrière. La scène s'installe et l'excitation monte, tout le monde se met à essayer de deviner à quoi vont servir ces trois grands écrans disposés derrière la façade où est installé le laptop du maître.

On y a vu beaucoup de choses en fait. Des messages codés, ou presque ("I can give you hours of pleasure"), des nounours avec la tête de Richie (bizarre), et des motifs psychédéliques. Mais surtout, on s'y est vu. Des cameras filmaient le public pour retransmettre l'image sur 8 écrans (3 grands, 3 petits, et 2 latéraux), avec force déformation d'images, un peu cheap sans doute mais c'est ça qui faisait le charme du show. Le meilleur moment fut évidemment le remake du fameux "Come to Daddy" où les spectateurs se voyaient affublés du terrible visage d'Aphex. Pendant ce temps là, sans qu'on l'ait vu arriver, Richard D. James s'est donné à fond pendant pas loin d'1h30. On ne distinguait que le haut de sa tête, mais l'important n'était pas là, car il a livré un concert à la hauteur de sa réputation. Enfin, presque. Disons que c'était tellement énorme qu'il a annihilé toute trace d'esprit critique en nous. 



Cependant son set était très, et sans doute trop rentre-dedans. Je ne m'attendais évidemment pas à retrouver les expérimentations du Richard D. James album en live, mais je ne m'attendais pas non plus à un show aussi dansant. Finalement ce ne fut que plus énorme encore, même s'il n'a pas évité quelques passages à vide. Une belle variété de sons mais toujours la même ambiance: un spectacle hypnotique, saisissant, avec un je-ne-sais-quoi de bizarre qui donnait au tout une personnalité inoubliable. S'il s'est fendu de quelques passages binaires limite rave qui rappelaient  le Surfing on Sine Waves de ses débuts, la fin fut un monument de violence sonore et de rythmes épileptiques. D'ailleurs il est possible qu'il y ait eu quelques malaises chez les personnes sensibles. Imaginez: la musique est partout et insaisissable, des écrans collent ton visage  sur la photo de Mylène Farmer (oui oui), les lumières se la jouent stroboscope et deux lasers tournoient de chaque côté. Qui peut rester impassible ? Certainement pas moi, et je ne ferais pas ma fine bouche là-dessus. Aphex Twin a offert un moment intense, à la hauteur de ce que j'attendais, et tant pis s'il aurait pu faire autre chose, parce qu'en presque 20 ans de carrière, on a bien compris qu'il ne faisait que ce qu'il voulait.


1 commentaire:

  1. J'adore ta prose..... quelque soit le sujet que le plus souvent....j'avoue, je ne maitrise pas.....

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