vendredi 16 septembre 2011

First Impressions of Earth

« Voilà des semaines que je me raconte des histoires à moi-même pour ne pas commencer à écrire. Mais la vérité vraie, je la connais à présent: je n'ai pas encore écrit parce que j'étais trop fatigué. » C'est ainsi que commence le livre sur lequel je vais travailler une partie de l'année. Dès les premières lignes, j'ai été surpris de voir à quel point il en était de même pour moi. J'espère que ce livre ne sera pas prémonitoire jusqu'au bout, auquel cas il semblerait que je me vois affligé d'une belle amende dans les semaines qui suivent, à en croire la table des matières.

C'est à ce moment là que je me suis dit « Damn ! Mais quand va tu te bouger le cul, for God's sake ! », car j'ai toujours eu un faible pour les exclamations anglaises et qu'il fallait sérieusement que je fasse quelque chose. J'ai donc eu plusieurs idées: « Pourquoi ne parlerais tu pas de tes cours ? » et puis je compris que ce n'était pas intéressant. « Pourquoi ne parlerais tu pas de ton nouvel appartement, de comment il est cool et tout ça ? » et puis je compris que ce n'était pas beaucoup plus intéressant (mais un peu quand même). « Hey, pourquoi ne parlerais tu pas d'un truc que t'as aimé ? » et je vis que c'était la bonne. Juste avant de comprendre que cette simple idée résumait la quasi-intégralité de mon blog, mais bref, passons.

D'ailleurs j'aurais pu parler de Bref, mais je me suis dit que tout le monde l'avait déjà fait dès la première semaine, que la série avait déjà 500 000 fans dont un dixième de mes propres amis. Là je me suis senti un peu nul, et puis je me suis dit que de toute façon il n'y avait pas grand chose à dire sur quelques épisodes de 2 minutes si ce n'est que ça me faisait rire. C'est à ce moment que j'ai décidé d'arrêter de penser et d'écrire comme dans la série. 



Le dernier truc que j'ai aimé, c'est Super 8. Mais c'est typiquement le genre de film qu'on a adoré mais dont il n'y a pas grand chose à dire. Ça ressemble beaucoup à du Spielberg, mais en moins niais, avec une super scène de train qui déraille et un monstre encore mieux que celui de Cloverfield. Et y'a Elle Fanning, qui est certes encore très jeune, mais qui est bankable dans mon petit monde*. Tout le monde a dit que c'était du Amblin tout craché, tout le monde a eu raison, tout le monde est content, et tout le monde n'aura donc pas à relire un autre article sur le sujet, bien que j'ai la prétention de penser que tous mes articles sont intéressants, pour la simple raison que ce sont mes articles. Mais ce n'est pas à moi de juger de cela.

Parlons donc de Melancholia. Que j'ai vu il y a trop longtemps pour livrer une critique passionnée et passionnante, mais qui reste pour moi la plus grande sensation cinématographique de cette année. J'avais commencé à écrire un article dessus mais je ne l'ai pas fini. Parce que les Cahiers du Cinéma ont fait tout un dossier dessus, et que j'ai eu l'amère sensation que je n'aurais pu faire mieux qu'une maigre synthèse. Dois-je me désabonner ? Je pense que non, d'une part parce que cette réaction serait stupide et disproportionnée, et d'autre part parce que c'est un cadeau, et que je suis quelqu'un d'honnête. Dans mon article il y avait la fameuse citation de T.S. Eliot que j'aime beaucoup, citée par Paul Kinsey dans Mad Men: « C'est ainsi que finit le monde, pas dans une détonation, mais dans un murmure. » Citation qui devient très intéressante et paradoxale quand on pense au film car Lars von Trier parvient à mêler l'intimité d'un murmure au grandiose d'une détonation, le tout avec une cohérence remarquable. Car même si chacun des chapitres du film est caractérisé par une mise en scène propre, la musique de Wagner fait peser une tension constante, sur chaque moment. Les futilités mondaines se mêlent au destin de la planète, chaque pique sournoisement murmurée résonne comme une détonation et la portée de l'explosion finale semble réduite à celle d'un terrain de golf.

Le réalisateur danois va en fait bien au-delà de la dichotomie involontairement proposée par le poète. Il embrasse tout l'éventail des possibilités. Je m'attendais à un film en contrepied des habitudes hollywoodiennes, ce qui est plus ou moins le cas. C'est le cas dans le traitement du sujet, qui s'attarde plus sur le ressenti de trois personnages, mettant par là en relief leur propre rapport à la vie, et à la vérité. Ce qui nous offre une splendide illustration de la mélancolie, autant par l'interprétation de Kirsten Dunst que par l'opposition que lui fournit Charlotte Gainsbourg. Mais Lars von Trier cède tout de même au grandiose, donnant l'impression de le faire contre son gré parfois, comme en témoigne la réaction cynique de Justine face à la question de sa soeur: « Comment allons nous passer notre dernier instant sur Terre ? ». En même temps, combien de films hollywoodiens ont effectivement montré la destruction de la planète, sans espoir de survie ? Là réside la vraie personnalité de Melancholia. Pas tant dans son esthétique léchée ou dans ses références picturales soigneusement choisies que dans la lourdeur inéluctable qui pèse sur chaque instant, au point que l'on ressort de la séance complètement lessivé et abattu.



Voilà ce que j'aurais dit sur Melancholia si j'avais trouvé le temps de finir mon article. Et j'aurais mis une bonne petite note, genre le maximum**. Il faudra vous contenter de cela pour aujourd'hui. Dans mon livre, le narrateur finit par écrire des centaines de pages sur des sujets très différents, espérons qu'il en sera de même pour moi d'ici peu.


*: A quel point est-ce bizarre d'admirer une actrice de 12 ans ? J'ai du mal à me rendre compte.

**: Et puis j'aurais mis 5/6 à Super 8 tant qu'on y est.

5 commentaires:

  1. C'est sympa cet aperçu cinéma, d'autant que tu parles ici de films que j'ai vus récemment, et dans le cas du Lars von Trier, vraiment apprécié. "Super 8" est mignon, me rappelant mes meilleures séances 80 de Spielberg & co, que tu as juste aimé étrangement plus que moi. Si du blabla cinéma te dit, j'en ai fait une mini-série, c'est par ici :

    http://leschroniquesdeblake.blogspot.com/search/label/Le%20Cin%C3%A9%20de%20l%27%C3%89t%C3%A9

    Et bon courage pour le reste :-)

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  2. Bon, le lien précédent pourri ne fonctionnant pas (y a du avoir un bug quelque part), pas grave, on va essayer avec celui-là :) :

    http://leschroniquesdeblake.blogspot.com/2011/08/le-cine-de-lete-8-et-fin-10-films_31.html

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  3. J'comprends très bien tous les reproches que l'on peut faire à Super 8, mais je trouve que le film est vraiment très bien ficelé et réalisé, donc ça cache assez facilement le manque de fraîcheur. Quoique même de ce point de vue là, j'ai vraiment trouvé le film rafraichissant... Un plaisir simple quoi.

    J'avais déjà lu quelques un de tes articles, tous intéressants, beaucoup de choses à dire dessus d'ailleurs ! (et pas mal à regarder aussi... C'est là qu'on sent que je suis encore jeune)

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  4. Quel est le titre du livre? Ce début me dit quelque chose...

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  5. J'en doute fortement, ce sont les écrits de voyage d'un reporter du début du XXe appelé Jules Huret (sur lequel je travaille pour mon mémoire). Mais pourquoi pas !

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