vendredi 25 novembre 2011

Andy Stott - Passed Me By

Comme des mouches qui dansent sur une toile d'araignée.

Tu étais assis sur une des banquettes de la boîte de nuit, somnolant. Tes yeux étaient presque fermés, mais on pouvait encore deviner l'effroi sur ton visage. Je crois qu'au fond nous étions dans la même situation, dans un état d'extrême secousse, éclaircie d'irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel. Tes pensées se lisaient sous tes paupières, comme on peut voir le cauchemar d'un enfant quand il dort. Je ne savais que trop bien ce qui t'agitait. Cette soirée fut éprouvante pour nous deux, mais je n'ose imaginer la profondeur de ton traumatisme. « You buried me alive, you dicks! ». Ce n'était alors que le début, mais tu étais déjà à bout. 

La discothèque. Depuis que nous sommes arrivés à Haïti, tu sembles considérer que ce sont les cimetières de tes angoisses. Sans doute un refuge également, un lieu de familiarité pour un anglais de souche comme toi. Pourtant ici et maintenant, tu es complètement indifférent à ce qui t'entoure. De temps en temps tu relèves la tête, alerté par les éclats de quelques filles court vêtues se trémoussant sur un rythme techno, mais tu retournes vite à tes pensées, que tu ressasses sans jamais réussir à en sortir. C'est souvent comme ça. On oublie ce qu'on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu'il faut oublier. Le son des coups se répète en boucle dans ta tête, finissant par se caler sur le rythme des basses qui font vibrer la foule. De plus en plus hermétique à ce qui t'entoure, je te sens t'enfoncer et te noyer dans les répercussions du choc. Et quand tu lèves les yeux vers moi, on dirait que le monde tremble.

Cette fois-ci tu ne t'en remettras peut-être pas. Ce voyage vers le sud est sans doute devenu trop pesant. Ta vie n'est plus qu'une succession de fuites menées par la peur, et il n'y a plus rien dehors qui te fasse sourire. Le sud est un faux espoir. Tu as beau fermer les yeux, rien à l'intérieur de toi te permettra de t'échapper. Notre monde est devenu terne. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Rends-toi à l'évidence. C'est le dur paysage de fond qui se révèle pendant que tu marches, et l'éternité te dépasse car tu ne peux passer le pont. Je viens m'asseoir à côté de toi, profitant d'un moment d'éclaircie dans ton esprit. Tu affiches une expression plus apaisée que je n'aurais pensé, malgré les gouttes de sang qui ornent ton visage. Plus qu'apaisé, c'est un air à la fois blasé par les évènements et résolu que je perçois dans ses yeux. Face à mon regard interrogateur, une réponse: « Zed's dead », puis, chuchotant, « Zed's dead. »

Me regardant toujours, il affiche un léger sourire, comme pour se moquer de notre solennité, puis éclate de rire. « Aaaaah... Fuckin' zombies. They really know how to party, aren't they ? » Stupéfait, je hausse les sourcils pour demander une explication. « I mean, yeah, they might have been fuckin' around at some point. But it was fun, right ? » « Well, yeah, maybe... » « Great. C'mon, let's get a beer. We're still alive. »




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North To South by Andy Stott on Grooveshark

[Les phrases en italiques sont alternativement des citations d'Antonin Artaud (Le Pèse-nerfs, "La momie attachée") et de Cormac McCarthy (The Road).

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