dimanche 16 décembre 2012

Back to the Future part 2: Spotlights

     Tous ceux qui connaissent ce blog savent bien que je ne suis pas underground à tout prix. Vous avez eu le loisir de découvrir la face cachée de mes coups de cœur de l'année dans la première partie de mon bilan, voici maintenant l'autre face, celle qui a été sous les projecteurs durant toute l'année. Tous ces albums qui ont été attendus avec impatience, sur lesquels on s'est jeté dès le premier leak pour en faire immédiatement le chef-d'oeuvre de la décennie ou qu'on a pris en exemple pour se démarquer de la masse des gens qui écoutent ce que les magazines influents leur disent d'écouter. Ces albums vous définissent dans le monde des amateurs de musique, ils créent le clivage entre les suiveurs et les défricheurs, ils font de vous un mouton ou un snob. On en a beaucoup parlé, le plus souvent pour affirmer sa posture davantage que pour marquer ses goûts. Et comme je ne prétends pas faire partie des esprits supérieurs qui peuplent Twitter et une partie de la blogosphère, il y en a quelques uns que, naïvement, j'ai aimé, voire même adoré. Je prends de la hauteur sur l'écume des opinions numériques pour vous présenter le blogueur nouveau : le suisse, le modéré, le j'en-foutiste. Telle sera ma posture. Il est temps de choisir vos pierres les plus dures et vos plus belles fleurs, je m'offre à vous en reparlant des albums qu'il fait bon adorer ou détester.

(mais pas toutes)


     Commençons par l'album de la rentrée, le « renouveau de la scène française », le « plagiaire des années 80 », celui qui a eu l'audace de s'inspirer de références jalousement gardées par quelques mélomanes pour en faire un album grand public encensé en deuxième partie du Grand Journal. Bien qu'ayant moyennement adhéré au tube « La forêt », dont le chant monocorde ne me rappelait pas les meilleurs moments des 80's, l'album de Lescop a été une vraie bonne surprise pour moi. Son côté francophile est rafraichissant par rapport à la horde de groupes du revival cold-wave qui peuplent les productions françaises et internationales depuis quelques années, dont les références se limitent quasi-systématiquement à Joy Division et aux Cure. Evidemment, on retrouve les influences de ces deux groupes incoutournables dans l'album de Lescop, mais aussi celles d'Etienne Daho et de Taxi Girl, qui avaient à l'époque proposé une certaine vision de la new-wave « à la française ». Ce parti pris de chanter en français donne un tour tout à fait différent à ce recueil de chansons qu'on ne se lasse pas d'écouter, contrairement à d'autres groupes avec qui il partage son statut de leader d'une nouvelle scène française (coucou Aline, vous êtes chiants comme la pluie, bisous).
     Traversons la Manche pour retrouver la révélation anglaise de l'année, véritable aimant à hispters qui a ouvert la Route du Rock avec une prestation humble et bien léchée, qui manquait juste un peu de folie. On peut aisément comprendre qu'Alt-J hérisse le poil de tous ceux qui souhaitent se démarquer des jeunes moustachus aux mèches soignées – ce qui est mon cas – mais une fois passé le cap de cet habit dans le vent, on découvre un groupe d'une richesse incroyable. An Awesome Wave regorge de mélodies bien trouvées, de compositions originales et de clins d'oeils plaisants. La cohérence sonore du groupe tournant essentiellement autour du batteur et du chanteur, tous les musiciens réussissent le tour de force de proposer à chaque chanson une idée différente, donnant le sentiment de passer par tout ce qui s'est fait de bien en indie pop depuis une dizaine d'années. La plus grande réussite étant surtout que le groupe s'est attaché à pousser chaque chanson au maximum de son potentiel, là où beaucoup d'autres jeunes groupes ne parviennent qu'à laisser l'auditeur sur un sentiment de frustration. Une telle maturité dans la composition donne très envie d'entendre la suite, et de les revoir sur scène quand ils auront passé le cap de la rigueur formelle pour s'aventurer sur des eaux plus tumultueuses.


 

     Autre bonne surprise de la Route du Rock, les Chromatics ont montré qu'ils étaient un peu plus qu'un groupe qui a su placer une de ses chansons sur le film hype de l'année dernière. Leur album Kill for Love parvient à étaler l'ambiance qui faisait le charme de cette chanson sur plus d'une heure. L'exceptionnelle maîtrise dont ils font preuve pour gérer le rythme de leur chanson et emmener l'auditeur là où ils veulent culmine avec le morceau de bravoure « These Streets Will Never Look the Same », obsession de l'été. Malgré quelques longueurs, l'album de Chromatics marie à merveille les sons synthétiques répétitifs de la new-wave et l'amour de la chanson bien faite, formant au final une succession de sculptures bien façonnées recouvertes par la même couche de glace. Fait pour être passé en soirée et pour flâner le dimanche après-midi, Chromatics réussit à satisfaire tout le monde, dommage qu'on les réduise à l'image faussée de « one hit wonder ».
     Déjà encensés il y a 2 ans pour avoir réussi le même exploit de sortir à la fois un album « original » et un tube pour soirée étudiantes, Tame Impala revenait cette année avec l'étiquette « doit confirmer ». Je n'avais pas vraiment accroché au premier album, et à vrai dire Lonerism ne s'annonçait pas sous les meilleures auspices avec ses premiers morceaux gorgées d'effets psychédéliques et sucrés jusqu'à la nausée. Quelques bonnes lectures plus tard et le sentiment tenace que Kevin Parker savait véritablement écrire des bijous pop m'ont poussé à me replonger dedans. Grand bien m'en a pris puisqu'il suffit de se laisser noyer par le déluge de l'introduction pour sourire béatement comme un bienheureux pendant tout le reste de l'album. Chaque année apporte son lot de chansons pop qu'on a presque honte d'écouter en boucle, et Tame Impala reprend avec brio le flambeau des Smith Westerns en enchaînant les tubes comme autant d'uppercuts. Sauf qu'en plus d'être entêtant, le groupe apporte un petit quelque chose d'audace et de culot qui fait de Lonerism bien plus qu'un album vite consommé comme pouvait l'être le précédent. Pour ma part, le plaisir de changer d'avis positivement sur un groupe s'ajoute à tout cela pour que Tame Impala se glisse en haut de mes coups de cœurs sans que je l'y pousse.






     C'est la même sensation qui me fait évoquer ici Open your Heart de The Men, alors que leur précédent album ne m'avait que moyennement convaincu. Encore une fois, cette succession de chansons qui font appel au meilleur du rock à guitares des 90's et au delà ne pouvaient que me plaire, surtout quand ce son brut est mis au service de chansons qui savent taper où il faut. Il m'est souvent arrivé cette année d'en avoir ma claque des groupes au son trop synthétique et trafiqué – dont font d'ailleurs partie ceux dont je parle ci-dessus- et The Men est dans ces moments là l'expédient idéal, avec le fabuleux Slaughterhouse de Ty Segall, prolifique cette année. Chaque groupe apporte sa petite touche à mes besoins musicaux, et ces deux là ont su combler le déficit de bonnes guitares que j'avais. Opportunisme ou réel engouement, je peux pas encore vous le dire, mais toujours-est il que c'est encore vers eux que je me tourne en cette fin d'année. D'aucuns diront qu'il faut encore mieux écouter les « originaux » (comprendre les groupes qui les ont influencé) plutôt que ceux-ci, mais une fois de plus je crois qu'à chaque mal il y a un remède, et la nouveauté en est un.

     Enfin, last but not least, le retour de Grizzly Bear était le plus attendu après l'excellent Veckatimest d'il y a 3 ans. Que dire si ce n'est que j'ai été frappé de découvrir dans Shields que le groupe avait su confirmer et même repousser ses propres limites. Certes, trois années ont passé et le groupe de Brooklyn n'est plus le petit groupe qui monte mais véritablement le nouveau Radiohead, entraînant par là une foule de détracteurs toujours plus large. Pourtant il est difficile d'imaginer comment les adorateurs de 2009 ont pu retourner leur veste en 2012 tellement Shields est plus qu'à la hauteur de son prédécesseur. C'est donc sans surprise que Grizzly Bear truste une fois de plus le haut de mes satisfactions annuelles, et commence doucement mais sûrement à s'instaurer en référence solide dans mon esprit – catégorie de groupes qui feront l'objet de la dernière partie de mon bilan. 


Tous ces albums sont en écoute sur Spotify.

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