mardi 21 juillet 2015

Inutile de parler si Tame Impala

J’ai toujours eu un train de retard avec Tame Impala. Quand sortit Innerspeaker en 2010, je ne voyais rien de plus qu’un honnête groupe de rock psyché surfant sur un revival lassant, avant de réaliser plus d’un an après que j’écoutais encore régulièrement « Solitude is Bliss » et pas vraiment les autres chansons de groupes revivalistes. En 2012 j’ai complètement raté la sortie de Lonerism, et à ma première écoute je n’y ai vu qu’un caprice de jeune artiste rock mégalo. Alors j’ai certainement vu juste car il y avait, et il y a encore aujourd’hui un peu de ça. Mais la puissance pop des chansons sur cet album m’avait tout de même frappé au point de me convaincre à force de fascination pour ce groupe difficile à cerner.
 

Alors quand j’ai entendu parler de Currents, je me suis dit « cette fois ci tu es prêt, cet album est pour toi ». Sauf que… ça ne se passe jamais comme on l’avait prévu. « Eventually » m’a clairement désorienté, malgré ses fulgurances mélodiques et son ambiance reconnaissable. Tame Impala ressemblait plus à un groupe que je n’aurais jamais su clairement apprivoiser qu’à celui que je retrouvais avec le plaisir certain de me laisser emporter. Mais il ne faut jamais se laisser tromper par un single. Car quand on se plonge dans l’album avec l’anxiété et l’excitation désuète des temps où on déballait nerveusement les CDs fraichement obtenus dans les bacs d’un disquaire, on découvre un univers bien plus riche. « Let it Happen » annonce d’emblée la direction qu’a choisi Kevin Parker pour Currents – car c’est bien lui qui est responsable du moindre son ici. Ca verse allègrement dans le synthétique, dans le retro, dans la pop la plus mielleuse… Le genre de choses déjà perceptibles sur certains morceaux de Lonerism, exploité et affiché ostensiblement ici.

On a souvent tendance à être un peu méfiant avec les « critic’s pets », ces groupes encensés en choeur par tout média un tant soit peu influent, parfois même avant la sortie de leur album. Et on comprend sans surprise pourquoi Currents se retrouve étiqueté ainsi. Kevin Parker nous sert de la soupe post-moderne et rétro-futuriste qui fait bander les critiques, voulant fondre les genres les plus kitsch et décriés dans son cerveau psychédélique malade. Pas surprenant que Pitchfork adore, et invoque Random Access Memories pour donner un point de comparaison sur l’intention derrière la folie de Parker. Tous ces groupes à la trajectoire linéaire, donc prévisible, qui troquent leur simplicité salvatrice pour une ambition ennuyeuse, qui se jettent tous sur de la musique qu’on n’a jamais aimé (ou qu’on a honte d’avoir apprécié) avec une fascination unanime et suspecte, tout ces groupes finissent par nous emmerder. Les albums qui veulent te convaincre d’avaler de la musique que t’aimes pas vraiment parce que c’est retro et différent, ça peut légitimement énerver.

Mais là je vous jure, Tame Impala le fait avec plus de réussite que ses congénères, comme pour ses albums précédents. Le talent indéniable de Parker pour écrire de la pop, lâcher des mélodies imparables en enrobant le tout d’une production inimitable surpasse largement tout le baratin que veulent nous servir les critiques pour nous faire comprendre qu’on a affaire à un chef-d’oeuvre. Et admettez qu’un album qui fait couler autant d’encre sur son côté révolutionnaire mais qui parvient pourtant à séduire sans se préoccuper le moins du monde de ce qu’il a à dire, ça ne court pas les rues.

 

 Mais comme tout le monde a en assez dit sur la symbolique de l'album et de son hideuse pochette - le changement, la transformation, la révolution - je me laisse aller pour une fois, comme à mes débuts, à une chronique plus terre-à-terre. Tant que le groupe conservera cette simplicité cachée sous des tonnes d’écho et cette accessibilité derrière les logorrhées des exégètes, on pourra légitimement le considérer comme au dessus du lot. C’est pourquoi Currents est pour l’instant l’un des album les plus excitants que j’ai écouté cette année.  Parlons en donc un peu. 

Il divise certainement parmi les fans de Tame Impala, parmi les haters aussi, et parmi les neutres probablement. Pas qu’il soit si révolutionnaire, mais c’est-à-dire qu’il est tout de même un peu inégal, donc difficile à juger. La production est très réussie car on retrouve l’ambiance psychédélique bien que les sonorités et les rythmes soient très différents des albums précédents. On retrouve rapidement la rondeur et le brouillard sonore caractéristique de Tame Impala derrière cette collection de balades et de pop-songs mid-tempo s'éloignant sensiblement du rock qui a fait leur notoriété. « Let It Happen », « The Moment », Yes I’m Changing » et « Eventually », que des titres soignées, variés et enthousiasmants. Kevin Parker a clairement confiance en son projet et en ses choix artistiques, et il se dévoile beaucoup plus dans ses compositions, au sens figuré comme au sens sens propre, en témoigne des parties vocales plus nombreuses et plus présentes dans le mix. 

Mais contrairement à Lonerism qui était un peu long à apprivoiser en atteignant son apogée au milieu de l’album avant de retomber gentiment, Currents commence par un morceau de choix, suivis de morceaux très réussis, avant de tomber sur un temps faible et ses morceaux les plus radicaux. « The Less I Know the Better » est semble t-il marqué par sa collaboration avec Mark Ronson - et je dis ça alors que je n'en sais rien du tout parce que je viens de l'apprendre. Très pop retro et plus enlevé que le majorité de l'album, il séduit quand même en assumant son côté tube. Puis vient  « Past Life » qui franchit la ligne imaginaire pour verser dans l’expérience ratée avec voix trafiquées et chant alternant le parler et le chanter. A partir de là, l’album manque un peu de relief, malgré deux franches réussites dans des registres très différents « Cause I’m a Man », ballade qui croise soul et synth-pop, et « New Person, Same Old Mistakes » qui clôt l’album aussi bien que « Let it Happen » l’avait entamé avec son rythme lourd torturé sur plus de six minutes. Bref, difficile de juger l’album dans son ensemble comme étant parfaitement maitrisé. Disons simplement qu’il relève avec brio le défi qu’il s’est lancé, sans éviter les accidents de parcours mais avec suffisamment d’intelligence pour convaincre. 


1 commentaire:

  1. Voila ton texte sur Tame Impala en entier avec de belles illustration. Cool.

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