samedi 4 décembre 2010

Atlas Sound - Bedroom Databank Vol. 1-4

Bradford Cox fait partie de ces quelques artistes hyperproductif de la musique indépendante, qu'on a l'impression de voir partout, et qui ont acquis l'image un peu romantique de l'artiste solitaire qui a énormément de choses à exprimer, comme une source intarissable de génie. Dans le même genre, on a Phil Elverum qui sort très régulièrement des albums ou des chutes de studio de manière très généreuse, ou Noah Lennox, le pendant plus hype et médiatique, qui agit surtout par sa présence en featuring chez d'autres. Bradford Cox, qui officie en solo sous le nom d'Atlas Sound, est un peu entre les deux. Entre la générosité de Phil Elverum et la gestion assumée d'une notoriété et d'un style fort, à la Noah Lennox/Panda Bear. C'est donc presque sans surprise qu'on a vu débarquer ces Bedroom Databank la semaine dernière. Un album par jour, 49 chansons dont certaines enregistrées la veille. Distribuées gratuitement, la pure générosité.

Le problème avec cette générosité soudaine, est un peu le même que je rencontre avec Omar Rodriguez-Lopez. C'est-à-dire qu'en donnant gratuitement autant de chansons, on peut légitimement douter du soin et de l'intérêt que l'artiste porte à sa propre production. Comment considérer ces Bedroom Databank ? Une manière de dire "Écoutez si vous voulez en attendant un vrai album" ? Le fait est que Cox donne tout ce qu'il a, et tout ce qui a pu lui passer par la tête. Aucun tri. Comme s'il voulait qu'on sache un peu ce qu'il fait quand il est tout seul chez lui, mais sans chercher à nous prouver que c'est intéressant. En l'occurrence, c'est inégalement intéressant, on s'y attendait. Forcément, sur tous ces morceaux, on a à boire et à manger. On y trouve des chansons folk lo-fi, rock, vaguement electroniques, et des pistes instrumentales qui s'apparentent à un bidouillage de boutons parfois grossier.

Si je devais trouver une cohérence à chacun des volumes, je dirais que le premier est plutôt folk (on y trouve une reprise plutôt bonne de "This Wheel's On Fire" de Dylan et une plus expérimentale de "Freak Train" de Kurt Vile). Bien sûr il y a à chaque fois des exceptions. Ainsi le deuxième volume me parait être le plus inégal, entre un début plutôt bon, et quelques errances expérimentales comme "Mouth in the Desert" dont l'intro fait penser à "Baba O' Riley" ou "Helio Intro", fatiguante. Mais on y voit aussi Cox se lancer dans de longue improvisations électriques, en tenant également la batterie, dans "Here Comes the Trains". Batterie qu'il pratique également dans le surprenant "Drums & Pissing", au milieu du troisème volume plutôt homogène, et celui qui aurait le plus l'air d'un "vrai album".

Evidemment cette cohérence est totalement factice, on le voyait déjà dans le deuxième volume, et on le voit encore dans le quatrième, qui en huit chansons brasse de lentes balades acoustiques un peu similaires ("Terrarium"/"Spectre"/"Ex-Prodigy"), morceau rock qui part en vrille vers la fin, expérimentation bruitiste sans grand intérêt et piste ambiante du même acabit. En effet, Bradford Cox donne tout, le pire comme le meilleur. On aurait aimé que certaines chansons soient plus travaillées, pour former un album de bonne qualité, comme ce "Mona Lisa" décliné en deux versions. Et on aurait aimé également qu'il s'abstienne de nous faire part de quelques lubies bien dispensables.

Au final, on peut scinder ces chansons en trois groupes: les "potentiellement très bonnes" minoritaires, les "plutôt bonnes mais sans plus", en majorité et les "sans intérêt", un peu trop nombreuses à mon goût. Le principal intérêt de ces Bedroom Databank réside pour moi dans le fait que la plupart des chansons n'auraient pas pu faire l'objet d'un album, alors que parmi elles on trouve des idées intéressantes, mais souvent peu exploitées. C'est là le principal défauts de ces compilations, comme on pouvait s'y attendre. Les chansons sont peu travaillées, et cela pourrait donner du grain à moudre à ceux qui pensent que la génialité transparait dans la moindre production du génie*. On a ici la preuve que Bradford Cox est pétri de talent, mais qu'il doit aussi soigner ses chansons s'il veut produire quelque chose qui dure plus qu'une simple écoute, agréable mais finalement peu marquante.






A lire chez Toujours un coup d'avance!, Pop Revue Express, et chez C'est entendu, qui s'est essayé à un tri parmi toutes ces chansons.

*: Nietzsche explique tout cela très bien avec sa critique du génie dans Humain, trop humain. Un peu de philosophie ne fait jamais de mal!

4 commentaires:

  1. Je les ai écoutées dans le métro, ces démos. Et j'ai plutôt trouvé ça très bon. Des trucs brillants que seul Bradford Cox sait faire, cachés dans un ensemble bruitiste. Je sais pas, moi j'adore. Puis j'adore le son qu'il a, sa façon d'organiser ses chansons, sa perception de la mélodie. C'est un peu ce que j'aurai toujours voulu faire en fait.

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  2. Ouais je suppose que c'est vraiment le truc pour les fans, d'où ma comparaison avec Phil Elverum. Moi je n'ai déjà aimé Logos qu'à moitié, ça dépendait vraiment des chansons. La c'est pareil en plus contrasté.
    Tu fais un lapsus révélateur en parlant de démos. Oui ce sont des démos, mais du coup ce n'est qu'à moitié intéressant. Mais ça m'étonne pas que t'aimes bien, c'est super lo-fi.

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  3. moi je vois ça plus comme un acte de bravoure, un truc peu réfléchi, du coup on aurait tendance à plus juger l'acte que la musique, mais clairement c'est sûr que le dernier Atlas Sound c'est d'un niveau supérieur. Pour Deerhunter, je ne me prononce pas je n'ai pas accroché du tout.

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  4. Oui c'est vrai que l'acte est si inhabituel qu'il influe le jugement. Mais vraiment, j'ai eu le sentiment que les meilleures chansons auraient pu être encore meilleures en y passant plus de temps.

    Mais en effet il faut être courageux pour livrer autant de chansons d'un coup, en sachant qu'on ne fait pas de sélection.

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