lundi 7 février 2011

James Blake - James Blake

Je vais vous faire une confession: je n'ai jamais pu cerner ce que signifiait le terme dubstep. Pourtant en général je m'en sors pas mal avec ça, mais là, ça fait un moment qu'on en parle partout, et je suis dépassé. Je suis convaincu d'une chose cependant, c'est qu'à la fois Mount Kimbie l'année dernière et James Blake cette année sont du post-dubstep -oui, quitte à utiliser des mots qu'on ne comprend pas, autant aller jusqu'au bout. Et ça tombe bien parce que le jeune James Blake s'est justement fait connaître en partie pour avoir travaillé avec le duo Mount Kimbie. De ses deux EP parus l'an dernier je n'ai entendu que le buzz. Mais l'effervescence incroyable que soulève son premier album a excité ma curiosité: James Blake serait-il donc plus qu'un simple espoir evanescent ? En tout cas, rendu confiant par le succès critique de ses deux premiers EP, il a affirmé à la fin de l'année passée qu'il allait sortir quelque chose de totalement novateur. Si l'on ajoute à cette petite prétention l'aura hype qui l'entoure, on est ici en face d'un gars qui n'a pas intérêt à se planter.

La première écoute m'a laissé assez perplexe. Et pourtant, je sais que James Blake ne s'est pas planté. Même s'il est difficile d'accrocher spontanément à sa musique, j'ai tout de même eu la sensation de me trouver face à quelque chose de vraiment fort. Quelque soit l'avis qu'on se fera sur lui à l'avenir, il est certain qu'on en parlera longtemps. James Blake partage avec Mount Kimbie une certaine affection pour l'utilisation des voix, ça on le sait. On sait aussi que c'est le genre de chose assez casse-gueule. Si Mount Kimbie s'en était plutôt bien sorti avec son Crooks & Lovers instable mais jouissif par instants, Baths avait cependant eu tendance à agacer en utilisant ce procédé. James Blake, sentant la vague approcher, décide de la prendre de plein fouet et se fait le porte-parole de cette mode. Car ce qui frappe le plus dans ce premier album, c'est qu'on entend beaucoup plus de voix que d'electronique. C'est presque un album de chansons soul. La voix de James Blake, qui fait souvent penser à celle d'Antony Hegarty (« Why Don't You Call Me »), est omniprésente, et quasiment toujours accompagnée d'auto-tune. Quitte à donner dans la hype, autant y aller jusqu'au bout.

Une fois qu'on a ingéré ceci et qu'on décide de se replonger dans l'album, on est plus à même d'apprécier, ou de rejeter pour de bon l'idée fantasque de James Blake. Déjà il passe un cap par rapport à ses contemporains amateurs de voix. Là où eux avaient tendance à utiliser les voix de manière rythmée pour souligner le groove du morceau (comme le « Before I Moved Off » de Mount Kimbie »), James Blake retourne le processus en faisant de la voix l'élément principal de ses compositions. Derrière cela, des instrumentations éléctroniques proprement squelettiques. Non seulement squelettiques, mais également dénuées de tout ce qui fait la musique électronique en général: le beat qui bouge, les mélodies obsédantes... Parfois on devient captivé par l'ambiance créée, comme dans « The Wilhem Scream », qui, à l'image de « Unluck » bénéficie de mélodies vocales très bien trouvées. Et parfois, on s'ennuie tellement qu'on se demande comment on en est arrivé là, notamment avec les deux « Lindisfarne ». Epuré au maximum, très lent, trop d'effet dans la voix, bref, on passe.

James Blake semble par moments oublier carrément le terreau dubstep sur lequel il a grandi, avec le piano voix « Give Me My Month », qui ne laisse pas de souvenir impérissable. Il arrive que ça lui revienne et il redonne un peu de rythme à un album qui était plutôt avare de ce côté là jusqu'à présent. « To Care (Like You) » et « I Mind » ne sont sans doute pas les meilleurs morceaux de cet album, mais ils ont le mérite d'offrir quelque chose de différent que la simple voix de James Blake, qui peut quand même finir par agacer à force, il faut le dire. Et enfin, James Blake touche à la grâce par instants, et mérite sa réputation, vraiment. Avec « I Never Learnt to Share », qui commence comme le « Woods » de Bon Iver (repris par Kanye West), et qui devient véritablement déchirant, atteignant le coeur de l'intimité dévoilée par James Blake dans cet album. On tient ici un grand morceau, d'une puissance rare. Et il remet ça avec la reprise de « Limit to Your Love » de Feist, qui est sans doute ce qui représente le plus le mariage entre dubstep et soul opéré par James Blake. Entre le piano et les infra-basses, on ne sait plus trop ce qu'on écoute, mais on sait que c'est magique.

Le problème c'est qu'au final, je ne sais pas quoi penser de ce James Blake. Je ne vais pas dans le sens de ceux qui l'accusent d'être formaté. Porté par l'air du temps, certainement, formaté me paraît excessif. Je ne vois pas non plus en lui le génie dont on parle. Ses quelques coups d'éclat montrent un jeune homme avec beaucoup de talent, mais qui s'exprime de façon inégale. Une chose est sûre, il a frappé très fort avec un premier album audacieux qui risque de marquer beaucoup de monde. En ce qui me concerne, sa musique m'agace autant qu'elle m'impressionne. Je ne peux lui enlever le mérite d'avoir su atteindre une telle puissance émotionnelle, mais je ne peux omettre qu'il est parfois bien quelconque. En tout cas voilà quelqu'un qui ne fait pas les choses à moitié.


-En réalité cette note n'est que la moyenne de deux notes qui évaluent respectivement l'aspect négatif (3/6) et positif (5/6) qui cohabitent dans cet album, bien que parfaitement distincts pour moi-

A lire également chez Blake et Esprits Critiques pour ceux qui adhèrent, et sur Chroniques Electroniques et Brainfeeders & Mindfuckers pour les "contre".

3 commentaires:

  1. Faut que t'écoutes Burial. Tu verras que son utilisation des voix a rien de nouveau. Sauf que c'est encore plus insupportable ! :p

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  2. Je suis pas d'accord. J'ai écouté Untrue de Burial, et je ne le met pas dans la même case que James Blake, suivant la distinction que je fais. Il utilise des voix, mais ça reste de l'arrière plan, et même quand on peut appeler ça du chant, ce n'est pas l'élément principal du morceau.
    James Blake il part vraiment de sa voix, et construit derrière. Le processus est pas du tout le même, et le résultat non plus. Donc je pense vraiment qu'il a une démarche originale. Mais en effet, c'est assez chiant parfois.

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  3. pour moi cet album c'est carrément pas du dubstep, c'est quand même très loin de Burial ! Autant sur le CMYK on pouvait faire une analogie avec burial autant là plus du tout. Pour moi c'est très proche de Antony dans la démarche.

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