mercredi 11 mai 2011

Sanctuary

On ne le répétera jamais assez, il y a beaucoup d'artistes inconnus qui mériteraient d'être reconnus à leur juste valeur. Et si de ceux là on ne devait en garder qu'un, ce serait certainement Ernesto Violin. Inconnu et talentueux, il l'est plus que beaucoup d'autres. Pour vous en convaincre, voici une série de 10 chansons pour découvrir Viol. Et le découvrir c'est l'aimer.



Le tout premier album date de 2006. A posteriori, on sent la jeunesse dans cette guitare constamment saturée, et ces accents rock qui auront tendance à devenir de plus en plus discrets par la suite. Ici, Ernesto Violin fait du rock comme on le faisait dans les années 60 et 70, avec des chansons remuantes et des parties de guitares plutôt denses. Mais cela n'est pas synonyme d'immaturité. Déjà, on perçoit cette grande qualité dans le songwriting et surtout dans les paroles, très sombres, à cheval entre l'amour et la haine, comme toujours. Après quelques titres rock aux accents sudistes avec des guitares qui font twang, Ernesto Violin nous balance « Inferno », et nous met déjà une grosse mandale dans la face. Les guitares rageuses nous emmènent dans une ville qu'on imagine comme le Londres de Jack l'éventreur, une ville hostile et nauséabonde, où un étranger pustuleux se fait battre à mort. Il n'y a pas de beauté chez Viol, que du sublime qui émane des choses les plus repoussantes de ce monde.

Les albums de Noël sont la marque des grands. C'est pourquoi, à l'instar d'Elvis Presley, des Beatles ou de Bob Dylan, Ernesto Violin y est allé de son petit EP à Noël 2007. Mais comme à son habitude, il ne fait jamais rien comme tout le monde. Pas de niaiseries chez Viol. Dans « Santa's Only Here in Your Mind », on y entend pour la première fois un Viol acoustique, entre folk et country. Et cette première tentative est déjà une réussite. Mais cette nouvelle finesse sonore cache des paroles toujours à contrepied: « Don't fool yourself / Santa's gonna die alone / It's all gonna be your fault. »

Si la musique de Viol a toujours eu une personnalité bien marquée, c'est sans doute avec ce deuxième album qu'Ernesto Violin passe dans la cour des grands et affirme son style. Difficile de sélectionner une chanson dans ce sommet discographique qui est parfait du début à la fin, donc j'ai bien envie de vous recommander de l'écouter sans en dire plus. Mais pour vous donner envie, je m'attarderais sur « Chinatown Bells », ballade entrainante qui pourrait être une parfaite chanson d'amour si elle ne comportait pas par instants des visions d'horreur qui la renversent complètement. Mais c'est aussi et surtout ça que l'on aime Viol. 

Dans la même veine que « Inferno », « John H. Smith Must Die » est de ces chansons dont la musique s'accorde pour une fois parfaitement avec la noirceur des paroles. Peu original mais redoutablement efficace, l'orgue introduit l'histoire funeste d'un enfant incestueux qui meurt frappé par la foudre avant d'avoir pu tuer son père en vengeance. Tout le talent d'Ernesto Violin est là, dans cet art incessant du contrepied, où l'horreur rivalise avec l'absurde avant de se faire terrasser par le hasard. Une conclusion parfaite pour un album d'une beauté frappante sublime.


On l'a vu, il y a toujours eu beaucoup d'amour chez Viol, même s'il n'était pas exprimé de manière très conventionnelle. C'est donc sans grande surprise que sort Love Boat, un peu plus d'un an après son glorieux prédécesseur. Bien entendu, on n'y parle pas que d'amour, et pour qualifier l'originalité des chansons de Viol, je reprendrais les mots de Thomas: "différencier romantisme et lyrisme, sentiment et sensiblerie". L'expression la plus exacte de ces mots se situe sans doute dans « August the 7th », ballade mélancolique qui fait autant penser aux Beatles qu'à Bob Dylan. Mais Ernesto Violin n'en est plus à copier ses aînés, et ces références évanescentes ne font que lui laisser plus de place.

Musicalement, la rupture que crée Love Boat est surtout un passage d'une musique sombre et saturée à quelque chose de plus doux -en apparence, qui regarde vers la pop et le folk. La rupture n'est en effet qu'apparente, car Ernesto Violin n'a rien abandonné de sa rage contenue, qu'il exprime le mieux quand il est seul avec sa guitare. « The Ark » est une chanson d'une simplicité rare (et donc éternelle). Il semblerait que l'on ait retrouvé la formule pour faire des chansons dont chaque accord vous marque au fer rouge, tellement qu'on ne peut l'oublier. Et quoi de mieux qu'une référence à l'Ancien Testament pour appuyer encore plus si besoin la puissance de cette chanson ? On ne saurait désormais plus nier l'incroyable talent d'Ernesto Violin pour trouver la combinaison parfaite entre les mots et la musique.

L'amour, toujours l'amour avec Welfare Heart qui entame une année chargée pour Viol. Mais comme toujours, on entend beaucoup plus que ça. Ernesto Violin creuse le sillon pop entamé avec Love Boat et signe un album en trois parties qui essaye tant bien que mal d'étoffer ses chansons avec les moyens rudimentaires dont il dispose. Et comme on aime bien se répéter quand il s'agit de Viol, une fois de plus la conclusion de l'album est magnifique. « The Bridge » mêle guitares, accordéon et piano pour signer ce qui est simplement une des meilleures chansons que Violin ait jamais écrite. L'histoire d'un homme qui hésite à traverser un pont, le tout étant -évidemment- empli de résonances religieuses avec même des minis références à Faulkner.

Deuxième album de l'année pour Ernesto Violin dit « L'Infatigable », qui nous affirme qu'il nous emmerde. Soit. Il est vrai que ce Olympus in Reverse semble revenir aux premières amours électriques de l'ami Violin. Mais au fond on reste dans la continuité pop de Welfare Heart. Si on était pas si fasciné par la constante qualité des chansons, on pointerait du doigt quelques tics d'écritures comme ces parties de guitares inoubliables mais un peu redondantes. Pour autant, à l'écoute de « Victoria Falls » on n'entend rien d'autre qu'une chanson qui respire le Viol, autant dans son aspect sulfureux que dans son amour de la pop song parfaite. Parfois il n'est pas besoin de trop réfléchir, juste prendre sa petite claque et continuer.

A la première écoute de Gun Street, un constat s'impose comme une évidence: Ernesto Violin est passé un cran au dessus. Et ce en tous points. Comme annoncé par Olympus in Reverse, l'album revient à des ambiances très sombres, et retente l'expérience folk/country aperçue dans le Christmas EP. C'est un Viol tout neuf que l'on voit donc, à la musique épurée, d'une cohérence remarquable, et avec un talent toujours intact. Parmi les nombreuses grandes chansons de Gun Street, « Pamela's Great Dane » est particulièrement mémorable. Dès les premières mesures, on est saisi par l'atmosphère inquiétante qui s'en dégage, et qui dure tout du long. « I'll haunt your dreams » nous dit Ernesto Violin, et il ne saurait mieux décrire l'effet de ses chansons sur ses auditeurs.

Dernière chanson et pas la moindre, « The Last Waltz » m'a paru parfaite pour conclure cette série dédiée à Viol. Parce qu'elle concentre toutes les qualités d'Ernesto Violin (comme beaucoup d'autres, certes). Les guitares sont plus discrètes, et la mélodie la plus marquante est celle d'un banjo, qui annonce un refrain qui s'insinue insidieusement dans votre tête pour ne jamais en sortir. Et toujours ce pouvoir évocateur de nous transporter dans des villes imaginaires. Ici, on s'imagine à Deadwood, et dans notre tête tournent en boucle ces paroles déchirantes: « And may the rope be tight around your neck / May it kiss you all night long / I hope it will give you what I could not give / As you dance, dance, dance / Closer to the night. »

-Ecoutez tous les albums de Viol sur son bandcamp -

4 commentaires:

  1. Joris, je te décerne officiellement le prix de la révélation bloguienne 2011.

    La Secte des Fans d'Ernesto te remercie et te félicite. Tu es en bonne voix pour gaver tes lecteurs, comme se doit de le faire chacun d'entre nous :-)

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  2. (c'est parce que j'avais la flemme d'uploader tous les morceaux...)

    (cela dit, si tu as envie d'en balancer quelques uns sur groovershark ne te prive pas ^^)

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  3. C'est assez horrible, cette solution des 10 morceaux... Parce que je suis d'accord a&vec tous, mais il manque tous mes préférés ;-)

    Allez, une par album:
    - Love can't tame the drunk
    - Song against Darwin
    - The Funerals of Mr Love
    - Make me believe in Santa Again
    - Victoria Falls (ah, bah si, au moins une :-) )
    - Gun Street.

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  4. Oui je suis d'accord avec toi, et le pire c'est qu'il en manque pour moi aussi ! Pour tes 2 premières, j'ai longuement hésité, mais j'ai fini par les sacrifier pour une raison désormais oubliée. Le but c'est avant tout de donner envie aux non-connaisseurs d'aller écouter tout le reste de toute façon.

    Sinon, j'ai essayé de changer les liens pour du grooveshark, mais ça marche pas génial...

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