jeudi 2 juin 2011

Thurston Moore - Demolished Thoughts

Comme on dit, qui aime bien châtie bien. Et c'est parce que Thurston Moore m'a offert un des meilleurs concerts de ma vie que j'avais descendu son précédent album acoustique, délire onaniste inintéressant et excessivement désinvolte. Comme je l'expliquais, il y a selon moi deux écueils à éviter lorsqu'un musicien réputé pour sa musique électrique se livre à un album acoustique: le premier consiste à la jouer « unplugged », et ne faire que transposer sa musique sur un autre instrument, le second est de confondre « acoustique » et folk, pour accoucher d'un album certes original pour son auteur, mais convenu dans l'absolu. C'est ce que j'avais reproché à l'album de J Mascis, qui ajoutait à cela des relents de Dinosaur Jr par quelques solos electriques dispensables. C'est pour cela que je suis très critique vis-à-vis des albums acoustiques, car les artistes et les auditeurs ont trop tendance à minimiser la différence fondamentale qu'il y a entre ces deux mondes, et Bob Dylan en est le parfait exemple. Demolished Thoughts parvient à naviguer habilement entre ces écueils sans sombrer, ce qui est assez rare pour être noté.

Pour autant Thurston Moore ne livre pas un simple album d'entre-deux, qui ne sait pas trop où il va. Non, on reconnaît souvent la patte du guitariste de Sonic Youth, et il semblerait que l'instrument acoustique ait réveillé en lui des influences folk, même inconsciemment. Mais il ne choisit jamais, bien trop fier pour s'engager, bien trop expérimenté pour se laisser avoir. Difficile de ne pas avoir l'impression d'assister à un Sonic Youth unplugged à l'écoute de « Circulation », et le goût immodéré pour la dissonance de Thurston Moore ressort de manière inévitable dans « Mina Loy ». Et c'est dans ces moments que la discrète production de Beck devient essentielle. 

A la première écoute, on pourra trouver les arrangements de cordes dispensables et artificiels, mais ils apportent au contraire la touche nécessaire pour renforcer la tension contenue dans les chansons du New-Yorkais. A plusieurs reprises on sent que le travail de Beck n'a pas tant été d'aider Thurston Moore à finaliser ses chansons que de l'empêcher de se laisser emporter par sa fougue juvénile. C'est particulièrement pregnant sur « Orchard Street », un des piliers de l'album, où les volontés des deux hommes semblent s'entrechoquer à plusieurs reprises, pour finir par aller dans le même sens. 

C'est bien du Thurston Moore que l'on entend, mais un Thurston Moore a qui on aurait appris l'art du compromis. Il peut paraître étrange de placer cela parmi les qualités de Demolished Thoughts, quand on sait que l'homme n'a jamais été tellement enclin à mettre de l'eau dans son vin. Mais c'est pourtant ça qui fait toute la beauté et la richesse de cet album. Qui pourrait reprocher à Thurston Moore d'avoir laissé Beck arranger « Illuminine » ? Chaque instrument trouve sa place dans la chanson avec une finesse remarquable, et le résultat est complètement inattendu venant de l'homme qui a composé quelques uns des plus beaux brûlots rock des deux dernières décennies. 

Evidemment, la réussite de cet album n'est pas à mettre sur le compte du producteur, car c'est bien Thurston Moore qui a su faire sortir de sa guitare des perles comme « Blood Never Lies » ou « Space », et globalement il irradie tout l'album de son aura qui respire la jeunesse éternelle. Mais disons que Beck a sans doute eu un rôle prépondérant dans la direction du navire, pour éviter que l'ardent guitariste n'aille s'écraser contre un rocher comme il l'avait fait lors de son précédent album.

Demolished Thoughts n'est pas parfait, mais Thurston Moore n'est pas parfait non plus. C'est un homme plein d'envies qui fait ce qu'il veut, que ça plaise ou non. Il est difficile de contrôler une telle personne, et c'est pourquoi sa collaboration avec Beck produit un résultat inégal, quoique convaincant dans l'ensemble. Mais comme tout artiste incorruptible, son talent est capable de coups d'éclats qui rayonnent bien au delà de ce qu'on espérait. Thurston Moore m'a offert un des meilleurs concerts de ma vie en électrique, et Demolished Thoughts vient me prouver qu'il pourrait très bien réitérer l'exploit en acoustique. Je le savais, mais je voulais en être certain. 




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