dimanche 27 novembre 2011

Andy Stott - We Stay Together

 Undead Lands

Cela faisait quelques semaines qu'il avait décidé de rester sur la plage. Pour une raison inconnue, il semblerait que ce soit le seul endroit où l'on pouvait dormir comme si rien ne s'était passé, les deux yeux fermés. Il avait déjà oublié la fête de l'autre soir, et ses cicatrices n'ont fait que s'intégrer à un corps qui n'était plus vierge de l'horreur. Je crois que sans me le dire, il aimait bien la plage parce que ça lui permettait d'être naturellement insouciant, sans devoir se mentir à lui-même sans arrêt. Pour autant l'ambiance n'était pas toujours décontractée, et elle ne le serait sans doute plus jamais. Son imagination était plus débordante que jamais, et nous passions nos journées à nous imaginer ce que nous ferions quand tout sera enfin fini. Abrités dans d'anciennes toilettes publiques, nous attendions le bon moment pour repartir, bercés par le flux des vagues et le bruit mécanique des canalisations. Aujourd'hui il s'était lancé dans le récit d'une fable. J'avais l'esprit un peu ailleurs, tout ce que j'ai compris c'est que ça parlait de mouches et d'araignées[1].




- Et tu vois, c'est ça la morale, c'est pas du bullshit hédoniste classique, c'est plus épicurien en fait. Mais c'est surtout la vanité parfaite, absolue. Et ça m'a donné...
-Attends, t'as quoi au bras là ?
-De quoi, ça ? Bah t'sais c'est l'autre soir là, au cimetière.
-Nan mais c'est une morsure ?
-Bah ouais, c'est l'autre conne là... J'sais pas si tu te souviens, y'avait une fille au cimetière, pas mal et tout, j'sais pas si tu vois. Bref, j'avais bien accroché avec elle, j'étais à deux doigts de conclure, et elle me bouffe le bras! Sérieusement, quel genre de meuf te bouffe le bras dans ces moments là ?
-Le genre zombie, j'imagine...
-Ouais bah n'empêche j'étais dégouté. Pour une fois que je tente le coup avec une fille, elle essaye de me bouffer.
-Et tu m'as rien dit ?
-J'voulais pas te faire peur. Puis t'as vu, ça fait déjà un bout de temps et j'vais bien. J'dois être immunisé ou un truc du genre. T'façon on reste ensemble hein, ça change pas grand chose à notre histoire tout ça.
-Oui sans doute.
-Donc, je disais, j'ai eu une idée de film! Enfin quelques scènes tu vois. Genre là j'en ai deux, celle d'ouverture, et la scène avec "l'élément perturbateur". Regarde.

Plage écossaise. Extérieur. Aube.
Plan d'ensemble oblique vers la mer. Travelling arrière lent. En voix off, des vers de Wordsworth: « Though nothing can bring back the hour / Of splendour in the grass, of glory in the flower / We will grieve not, rather find Strength in what remains behind. » Deux silhouettes apparaissent au bord de la mer. Plan américain de dos sur les deux personnages. On distingue un gros bandage sur l'épaule de l'homme, la femme est en robe légère.

Banlieue glaswegienne. Extérieur. Crépuscule.
Plan américain de dos sur l'homme au bandage. On le suit en steadycam. Il passe devant une station service, tourne à gauche, arrive devant un immeuble, et sonne.

-Ouais. Là comme ça j'ai du mal à imaginer. Ça parle de quoi en fait ?
-De zombies évidemment, mais justement j'ai le truc pour...
-Tu sais, des zombies y'en a partout, je sais pas si ça va intéresser les gens.
-Bah avant on faisait bien des films avec des gens qui prenaient des cafés ou des trucs de ce genre, et c'était comme ce qu'on voyait tous les jours aussi. L'important c'est le regard!
-Ouais. Et c'est quoi ton regard ?
-L'idée c'est de faire une sorte de remake de La balade sauvage, mais avec des zombies[2].
-Là comme ça, ça me dit rien.
-Mais si! La nature, l'amour et la mort, sauf que là c'est dans un monde beaucoup plus oppressant, le danger est palpable. Et pour ça j'ai justement le truc pour...
-Mais attends, ça veut dire que t'as une caméra ?
-Euh non.
-Bah tu comptes le faire comment ton film ?
-Mais on s'en fiche de la caméra! J'en trouverais bien une un jour. On a pas besoin de ça pour l'instant.
-Et tu l’appellerais comment ton film ?
-Bah j'y ai un peu réfléchi. Si je pense en français, ça donne: La balade anthropophage. Ouais. Pas terrible, hein. Sinon en anglais y'a Deadlands, plus sobre.
-Oui j'aime bien. Même si j'ai toujours du mal à imaginer.
-Justement! J'ai le truc pour que tu comprennes. J'ai la musique parfaite pour ça: le dernier Andy Stott! Surtout « We Are Together » pour la seconde scène.
-… Putain mais oui!
-Eh, t'as vu ?
-Mais sinon, c'est quoi le rapport avec les mouches et les araignées, au début ?
-J'sais pas trop. L'ambiance générale, tu vois. La tension. La liberté illusoire. Memento mori et ce genre de choses. Je sais pas. 

Ton film, comme toutes tes idées de création, ne verra jamais le jour, mais toutes ces soirées passées à se raconter des histoires m'ont donné l'impression d'être ailleurs pendant quelques temps. Je ne sais pas si tu sais où tu vas, mais tant que tu seras devant moi, avec ton maillot rouge floqué du numéro 8 de Steven Gerrard[3], je n'aurais qu'une certitude: « You'll never walk alone. »




Le premier épisode sur Andy Stott est ici.

We Stay Together (Part One) by Andy Stott on Grooveshark


[1]: Il avait appris à parler français depuis la dernière fois, et tout le monde trouvait ça plus confortable.
[2]: J'anticipe la question: oui, Romero est devenu un zombie après avoir voulu engager de vrais zombies dans son nouveau film, qui était désormais plus proche du docufiction.
[3]: Même zombie, Steven Gerrard reste meilleur que n'importe quel Alou Diarra.

3 commentaires:

  1. Ah bien, tu m'apprends qu'il y en a donc un nouveau. Je vais chercher de suite. C'est un des artistes qui m'a marqué cette année...

    :-)

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  2. Grand EP ou album je ne sais plus, je le trouve supérieur à son précèdent album ou EP, je ne sais plus.

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  3. @Mmarsu: Juste retour des choses, c'est toi qui m'a fait découvrir le premier album!

    @Panda: Pour ma part je le trouve légèrement inférieur. Peut-être qu'il n'y a plus l'effet de surprise, mais il m'a moins frappé.

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