vendredi 28 décembre 2012

Memento

     En ces périodes de tops, je vais régulièrement voir ce que les voisins ont apprécié, plus pour continuer à me rattraper sur ce qui est sorti cette année que par souci de comparaison. Quel autre intérêt peut-on d'ailleurs y voir ? Railler le classement de tel ou tel magazine sur Twitter ne m'a jamais apporté beaucoup de satisfaction, alors regarder les tops d'autres blogs pour se complaire dans son propre classement, très peu pour moi. On a bien compris que certains étaient plus mainstream que d'autres, mais je n'ai que très peu d'intérêt pour ce genre de considérations, comme je l'ai déjà dit il y a peu.

     C'est donc chez l'ami Panda Panda que je me suis retrouvé, et son n°2 m'a rappelé que lui et moi étions de précoces amateurs des Cloud Nothings à leur débuts, ayant ensuite été relativement déçu par le passage du recueil de chansons à l'album. J'avais d'ailleurs bien fini mon dernier article les concernant en étant convaincu que le jeune Dylan Baldi valait la peine d'être suivi. Las, force est de constater que je n'ai pas été capable de suivre mes propres préceptes puisque je suis passé complètement à coté de leur deuxième album Attack on Memory, malgré des critiques plus que flatteuses. 






     Reprenons là où nous nous étions arrêtés. Les Cloud Nothings, c'est d'abord une flopée de chansons mal enregistrées, mais interprétées avec une spontanéité touchante. « Hey Cool Kid » et « Real Thing » continuent de réapparaître régulièrement dans ma liste d'écoutes depuis plus de deux ans maintenant, et resteront comme deux de mes chansons préférées de l'année 2010. Cloud Nothings c'est aussi quelques projets annexes, comme Wombs avec leur batteur qui avait remporté de nombreux suffrages en cette même année 2010. Puis les Cloud Nothings c'est un premier album assez banal qui ne reproduisait que très partiellement le charme des chansons qui avaient fait leur succès. La machine s'était emballée trop vite, et le groupe est tombé dans le piège -pourtant énorme- d'un premier enregistrement en studio : on oublie les chansons derrière le son, et on se tire donc une balle dans chaque pied. Difficile de repartir après ça, et tout mon optimisme ne suffisait pas vraiment. Ne nous mentons pas, si je suis passé à côté de ce nouvel album, c'est que j'avais inconsciemment rangé Cloud Nothings dans la catégorie des groupes qui ne se relèvent pas. Peut-on vraiment m'en tenir rigueur ? Comment pouvait-on imaginer que Dylan Baldi allait sortir un album à ce point supérieur à son prédécesseur ?



     Tout y est, car Attack on Memory bénéficie de toute l'audace, de toute la chaleur et toutes les chansons qui manquaient au premier essai du groupe de Cleveland. Entres autres choses, la structure de l'album joue beaucoup dans ce renouveau. On n'y pense que trop rarement, mais l'enchainement des chansons d'un album lui donne son relief et par la suite l'image mentale qu'on s'en fait influence grandement les futures écoutes. Ici on est très loin du très conventionnel premier album – 11 chansons, 2 minutes 30 de moyenne. « No Future/No Past » fait table rase de tout ce qu'on connaissait du groupe en quelques minutes de musique lente, décharnée et progressivement sauvage. Comme pour nous forcer – cette fois ci - à prendre notre temps avant de juger, Cloud Nothings ne rentre réellement dans le format qu'on lui connait qu'après le premier tiers de l'album. Avant, tout est tension et violence contenue, avec son lot de destruction sonore et d'explosion pour bien faire. Et quand « Wasted Days » est fini, Dylan Baldi nous a complètement retourné le cerveau, en nous montrant qu'il était capable de s'imposer une rigueur dans la composition et dans l'interprétation qu'on ne soupçonnait pas. Passé cette formidable introduction, Cloud Nothings est déjà plus violent et plus enthousiasmant qu'aucune de ses productions antérieures – bien qu'évoluant dans un registre sensiblement différent.



     Ceci étant fait, le groupe lance cinq chansons tambour battant, comme un groupe en concert qui enchaîne les tubes après avoir plongé le spectateur dans l'ambiance voulue. Le luxe étant même de se permettre l'incursion d'une chanson instrumentale - « Separation » - dans un album qui peine à dépasser la demie-heure. Voilà l'originalité et la personnalité qu'on voulait voir chez le groupe. Enfin, Cloud Nothings sort un album qui lui ressemble et qui ne ressemble pas à n'importe-quel-album-de-rock. D'ailleurs, on peut ajouter que le groupe, après s'être baladé sur plus de deux décennies de rock énervé, a réduit son rayon d'influence à quelque chose de plus significatif, sans pour autant perdre ce qui faisait son charme auparavant : les refrains catchy (« Our Plans »), les guitares qui claquent (« Cut You »). Quand on entend « No Sentiment » on se souvient de tout ce que les années 1990 ont pu produire de mieux en rock alternatif tendance post-hardcore. Plus surprenant et sans doute moins avouable, on retrouve également tout un pan de pop-punk qui n'avait étrangement pas fait beaucoup d'émules jusqu'ici (« Fall In »), mais qui finalement fait son petit effet quand on prend la peine de l'utiliser et de le placer correctement. Mais finalement, c'est tout ce qui ce faisait avec une guitare dans les années 1990 que l'on entend sans forcément réussir à mettre le doigt dessus – la preuve en est du nombre incalculable de groupes cités dans les chroniques de cet album.



     Cloud Nothings parvient donc enfin a être ce qu'on attendait de lui : un groupe jeune à la musique juvénile, mais avec suffisamment de talent pour se donner un air mature qui lisse les angles. D'aucuns diraient que c'est l'effet Steve Albini, on peut y adhérer ou penser simplement que le groupe a pris un peu de bouteille. Car un tel bouleversement médiatique autour de soi quand on est entre 18 et 20 ans, ça fait forcément cogiter plus vite que d'habitude. Après une poignée de bonnes chansons et un album qui plait à peine le temps de l'écoute, Attack on Memory rentre dans la catégorie de ces albums qui font plaisir et qu'on écoute en boucle, sans leur en demander plus. Espérons maintenant que le jeune Baldi saurait emmener son groupe encore plus loin, car on a désormais la certitude qu'il y a quelque chose à faire de ce garçon. 


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