mardi 7 janvier 2014

Tasca Potosina Awards 2013

Film de l'année :  
Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Coen
Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese 
Mud de Jeff Nichols

Chaque année j'attends le film des frères Coen comme un bon moment de cinéma, mais après un juste sympathique Burn After Reading, un trop long en bouche Serious Man ou un décevant True Grit, j'ai accueilli l'arrivée d'Inside Llewyn Davis après 3 ans d'attente avec tout le recul possible. C'est-à-dire aucun. Imaginez un peu : un film des frères Coen, dans le Village des années 50/60, avec pour sujet la scène folk de cette période. Soit c'était pour moi, soit je n'avais plus qu'à arrêter de croire en la vie. Et sans surprise, c'était pour moi. Ce film si particulier, sans réel scénario, pas vraiment drôle ni vraiment angoissant m'a touché comme aucun autre cette année. J'y ai retrouvé tout ce que j'aime dans la filmographie des frères Coen, à savoir un sens du détail, des dialogues mordants et une esthétique soignée (bravo à Bruno Delbonnel d'avoir remplacé avec brio l'excellent Roger Deakins). Mais aussi et surtout un supplément d'âme, un petit quelque chose qui m'a immédiatement fait penser que ce film tiendrait une place à part dans mon panthéon. De manière plus objective, il m'apparait évident que, comme après Ladykillers, il a fallu 3 ans aux Coen pour renouer avec leur meilleur cinéma. Espérons maintenant que la suite saura faire honneur à la régularité incroyable de leur travail.



Meilleur réalisateur : 
Martin Scorsese

Réalisateur prolifique, Scorsese a pris l'habitude de ne pas décevoir. A tel point que chacun de ses films est accueilli avec la satisfaction blasée qui s'impose face à l'énième œuvre d'un réalisateur vieillissant. Sa collaboration avec DiCaprio, bien que fructueuse (à un Oscar près) pour l'acteur, n'a probablement pas été sa période la plus passionnante même si on y a vu des films parfois très bons. Il manquait cette verve, ce style et ce dynamisme qu'on n'attendait plus de la part d'un cinéaste qui venait de fêter ses 70 ans. Pourtant, dès les premières images du Loup de Wall Street, il est évident que Scorsese a puisé dans les racines de son cinéma pour produire un de ses films les plus dingues. Voix-off, montage frénétique et caméra fluide, on croit voir le film d'un jeunot mais c'est bien la maîtrise d'un vieux briscard qui transparait derrière ces trois heures de mégalomanie orgiaques. Le projet semblait fait pour lui, et Scorsese a dépassé les attentes en sachant renouveler son traitement des personnages, allant jusqu'à laisser quelques observateurs sur le carreau. Finalement, les réactions outrées lui vont bien mieux que l'admiration polie, et même si l'on n'attend pas de lui qu'il nous refasse le coup prochainement, il est bon de savoir qu'il en est toujours capable.

Meilleur acteur dans un premier et second rôle : 
Leonardo DiCaprio / Matthew McConaughey

Depuis quelques années il y a peu d'acteurs qui peuvent rivaliser avec l'envergure qu'a pris DiCaprio. Choisissant soigneusement ses rôles au point de passer pour un chasseur de statuettes, il est clairement à l'apogée de sa carrière, et ce ne sont pas ses trois apparitions à l'écran de cette année qui viendront démentir cette affirmation. Perturbant dans Django, il habite avec excès mais justesse un personnage atypique dans l'univers de Tarantino. Il porte sur ses épaules le médiocre Gatsby de Baz Luhrmann et c'est probablement dans Le Loup de Wall Street que l'on assiste à l'une des meilleures prestations de sa carrière. A chaque fois, son visage désespérément juvénile vient donner une profondeur souvent très juste à des personnages puissants, qu'il se charge d'incarner avec l'ampleur dont il est capable. Son jeu d'acteur est d'une telle régularité malgré des personnages différents que l'on se prend à croire, comme certains, qu'il dessine une véritable œuvre d'auteur en filigrane derrière chacun de ses rôles.

 


A côté de lui, un autre acteur a crevé l'écran lors de chacune de ses apparitions. Matthew McConaughey n'a longtemps été qu'un acteur secondaire avec une filmographie sans éclat, mais il rayonne depuis quelques années. A la fois touchant, charmant et terrifiant dans Mud, il incarne le film entier avec toute la profondeur que ce mot peut avoir. Cette prestation inattendue est confirmée chez Scorsese où sa présence furtive est hallucinante de justesse dans le ton et la gestuelle, au point que DiCaprio est réduit au rang de faire-valoir (ce que son personnage est à ce moment). 2013 est clairement l'année de la confirmation pour lui, et on peut désormais croire avec certitude qu'il faudra guetter chacun de ses rôles comme on le fait pour les plus grands.


Meilleur actrice : 
Adele Exarchopoulos pour Adele dans La vie d'Adele
Cate Blanchett pour Jasmine dans Blue Jasmine  
Veerle Baetens pour Elise dans Alabama Monroe

On a tout entendu sur Adele. Vivante, gourmande, adorable, sensuelle, rayonnante... Son personnage a à ce point imprimé la pellicule qu'il semblerait, enfin, qu'il n'y ait pas de mots pour qualifier sa prestation. Evidemment soutenue par la camera intime d'Abdellatif Kechiche, il est tout même remarquable qu'une si jeune actrice puisse à ce point dévorer l'écran en y étant continuellement présente. La vie d'Adele, sur lequel j'ai eu un sentiment mitigé, ne peut cependant être qu'une réussite tant le personnage éponyme y est incarné avec force, et Adele Exarchopoulos est probablement la meilleure chose que l'on ait vu dans le cinéma français cette année.
 


Meilleur scénario original : 
The Master

Beaucoup n'ont pas compris grand chose à The Master. Moi-même, j'avoue être sorti de la salle un peu perplexe. Pourtant le chemin que prend son histoire m'a tenu impliqué du début à la fin, qu'importe l'éventuelle morale que l'on peut en ressortir. Paul Thomas Anderson sait raconter les tours et détours que prennent la vie d'un homme, et ici ce sont les moindres recoins de l'étrange univers dépeint qu'il semble avoir pensé, comme si l'on pouvait voir à l'écran les indications qu'il a donné sur le tournage.

Meilleure photo : 
The Master

Les premières images de The Master frappent d'emblée par leur beauté, et donne le sentiment étrange d'être « différentes ». Le total néophyte que je suis y voit l'explication la plus plausible dans l'utilisation du format 70mm pour la grande majorité du film, qui donne à plusieurs séquences du film un côté Hollywood déchu que le style d'Anderson possède déjà. Parmi les nombreuses très bonnes photographies que j'ai pu admirer cette année (entres autres Mud, Inside Llewyn Davis ou Gravity) aucune ne m'a laissé une telle impression, au point que c'est aujourd'hui la principale chose que je retiens du film.


Meilleur montage : 
Le loup de Wall Street

Comme évoqué précédemment, Scorsese fait honneur à sa réputation en montant son film de telle manière que l'on ait réellement l'impression d'être un trader cocaïné pendant trois heures. A cela s'ajoute l'excellent timing avec la voix off et les sursauts de plaisirs qui adviennent dans ce chaos d'images et de musiques.

Meilleurs effets visuels : 
Gravity

Dois-je vraiment m'expliquer là dessus ? Tout le monde a dit que Gravity était une expérience inoubliable au cinéma et un des meilleurs films jamais tournés en 3D, et tout le monde a raison. Les effets visuels ne sont sans doute pas les seuls responsables de cela, mais disons que c'est plus pratique de faire comme si.

Meilleure musique : 
Inside Llewyn Davis 
Django de Quentin Tarantino/ Alabama Monroe de Felix van Groeningen

Du folk, du Tarantino, et du country. A chaque fois, une justesse dans les utilisations et un talent pour dénicher les bonnes chansons. Le premier a néanmoins ma préférence car il ne souffre d'aucune réserve, à la différence du second parfois trop attendu (« Freedom » de Richie Havens) et du troisième pour de simples questions de goût.

Meilleur film « étranger » : 
Blancanieves de Pablo Berger

Pouvait aussi concourir dans la catégorie « meilleur film muet », mais il eût été trop évident que je l'aurais créée spécialement pour lui. Par étranger j'entends évidemment ni américain ni français, ce qui me permet de parler du cinéma hispanophone pour lequel j'ai une certaine affection. Blancanieves c'est à la fois le pari du muet et le pari d'adapter un conte que tout le monde connaît. Ces deux partis pris se complètent finalement très bien pour donner un film certes très classique, mais du genre de ceux qui ne laissent pas indifférent. Il n'y avait qu'un espagnol pour proposer quelque chose de si atypique. 



Meilleur film comique : 
This is the end de Seth Rogen et Evan Goldberg / The World's End d'Edgar Wright

A ma droite le premier film de la clique Apatow sans leur mentor, et à ma gauche la très attendue conclusion de la trilogie Blood & Ice Cream. Dans les deux cas on aime déjà les personnages avant de voir le film, et dans les deux cas il va s'agir de mêler amitié et catastrophe. Deux films sans surprises, creusant leur humour caractéristique avec vigueur, mais le fan acquis à leurs causes respectives s'est tout de même bien marré.

Meilleur cameo : 
Michael Cera

Michael Cera c'est le type qu'on connait finalement assez peu même si tout le monde sait qu'il joue toujours les mêmes rôles dans le même genre de films. Pour couper court à cela, le jeune canadien a commencé par apprendre l'espagnol pour se mettre au service du réalisateur chilien Sebastian Silva. Mais il a surtout demandé à Seth Rogen et Evan Goldberg de casser son image de petit garçon. Pari réussi, Cera se ruine complètement en jouant une version génialement trash de lui-même dans This is the end.



 
Actrice la plus fuckable : 
Margot Robbie

J'emprunte cette catégorie aux Drawas du Golb, parce qu'il faut bien s'avouer que c'est parfois une bonne raison de regarder un film. Ici le verdict est sans appel, Margot Robbie remporte l'award haut la main. On aimerait penser qu'elle est plus que cela, mais quelque chose au fond de nous pense que c'est bel et bien le personnage de Jonah Hill qui a la réaction la plus sensée lorsqu'il la découvre pour la première fois dans Le Loup de Wall Street


Pire film : 
Spring Breakers d'Harmony Korine

Ai-je vraiment envie de passer du temps là-dessus ? Plus qu'un mauvais film, Spring Breakers est un film surestimé à un point que je trouve incompréhensible. Affreusement vide et banal – et pourtant je n'ai habituellement rien contre le vide – j'ai le sentiment de voir une simple enveloppe sans chair dans laquelle beaucoup ont voulu voir un chef d'oeuvre. Je n'y ai vu que beaucoup d'ennui, et aussi un peu de haine pour cette galerie de personnages insupportables.

Pire acteur : 
Tobey Maguire pour Nick Carraway dans Gatsby le Magnifique / Sean Penn pour Mickey Cohen dans Gangster Squad

J'hésite... Le premier traîne son éternelle gueule de benet sans saveur, l'autre s'est lancé dans une imitation d'Al Pacino dans Scarface digne d'un mauvais comique. Allez hop, le coin pour les deux.

Pire actrice : 
Lea Seydoux pour Emma dans La vie d'Adele

Ici j'ai du mal à savoir si c'est le personnage ou bien l'actrice que je déteste, toujours est-il que je la deteste bel et bien. Quelque soit l'émotion qu'elle joue, je trouve qu'elle en fait trop, sans doute parce que son visage sans vie ne peut être mu qu'avec excès.

Pire scénario : 
Spring Breakers

Digne des pires skyblog.

4 commentaires:

  1. Toujours content de lire tes articles (fallait que je le dise et que je sorte de ma pénombre).
    Hâte maintenant de découvrir ton "top" musical de cette année (je dois avouer que tu m'as fait découvrir un paquet de trucs... vu que j'ai plus le même temps qu'avant pour fouiner -ah les enfants...- je suis bien content de sous-traiter héhé).

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    1. Merci ! Heureusement que je ne gagne pas ma vie à assurer de la sous-traitance musicale parce que j'aurais perdu ma clientèle depuis longtemps ^^

      J'ai effectivement un top musical dans les tuyaux, mais comme je n'ai pas été très assidu cette année j'attends un peu avant de le lancer. Je vais tenter quelque chose de moins conventionnel qu'un top, je ne sais pas si ça plaira à tout le monde mais le contenu y sera en tout cas !

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  2. Abandon du blog ? :(

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