samedi 4 juin 2011

Sound of Sheffield

A l'initiative de GT, je me lance dans une playlist sur la ville de Sheffield. Située dans le nord de l'Angleterre, en plein Yorkshire, Sheffield fait partie de ces villes qui ont connu un bel essor lors de la Révolution Industrielle, et qui peinent aujourd'hui à se reconvertir. Mais économie et musique suivent rarement le même chemin, et le cas de Detroit nous montre même que leurs chemins peuvent carrément s'opposer. Pourquoi Sheffield ? Parce que j'aime bien leur accent. Préparez vous pour une petite plongée dans une ville qui ne ressemble à aucune autre.

Chaque ville a son dinosaure, et à Sheffield c'est Joe Cocker qui a été le premier à se faire connaitre. On le connait pour sa voix rocailleuse et ses nombreuses reprises. Par dessus tout, il aime les Beatles, et c'est donc avec une reprise de "She Came In Through the Bathroom Window" que l'on va commencer. L'originale apparait sur Abbey Road, et Joe Cocker l'a reprise dans son album Joe Cocker! de 1969.

On fait un petit saut dans le temps, pour atterrir en 1981. Il se passe pas mal de choses cette année là en Angleterre. Nous sommes sous le régime de Margaret Thatcher, et il sévit dans le pays ce que l'on a appelé la New Wave of British Heavy Metal. Les plus célèbres sont Iron Maiden, mais à Sheffield on participe également, avec le groupe Def Leppard. "Let It Go" est issu de l'album High 'n' Dry, et c'est du gros son qui tâche, même si ça ressemble pas mal à AC/DC et consorts.

En 1981, le post-punk et la cold-wave on déjà sorti leurs chef d'oeuvres, et c'est à Sheffield que va se développer le pendant le plus électronique et expérimental du mouvement, avec Cabaret Voltaire. Si l'on peut parler d'un "son de Sheffield", il doit beaucoup à ceux là. Leur musique est complexe, froidement industrielle, mais elle a gardé une ardeur punk propre aux groupes de cette époque. Red Mecca est leur troisième album, et "Spread the Virus" porte étrangement bien son nom.

Enfin, en 1981, la new-wave à synthés commence à prendre de l'ampleur, et dans ce domaine Sheffield a également quelques atouts à faire valoir. The Human League aime la reverb et les synthés qui ne savent pas encore à quel point ils vont mal vieillir. "Don't You Want Me" c'est du tube 80's pur jus, et chaque ville traine ce genre de casseroles, donc autant le faire avec brio.

Suite à un désaccord en début de carrière, une partie des membres d'Human League s'en vont former Heaven 17, qui est également un groupe de new-wave, à la musique plutôt similaire, et promis à un certain succès. Nous sommes en 1983, et "Let Me Go" nous enfonce un peu plus profondément dans le kitsch 80's. Quand on voit tous les efforts qu'a fourni la ville de Sheffield pour sortir plusieurs tubes de new-wave romantique, ça force le respect, et l'admiration.

Cet amour pour l'électronique au goût douteux finit par se concrétiser de la plus belle des manière avec la fondation à Sheffield du label Warp, aujourd'hui mondialement reconnu autant pour ses pionniers que pour ses découvertes. Et parmi les pionniers de Warp, il n'y a qu'un seul groupe réellement de Sheffield: LFO. Tout en simplicité, "LFO" est le premier titre de leur premier EP LFO, a cartonné dans les clubs (qui sont d'ailleurs très réputés à Sheffield), et a posé les bases de la musique électronique des 90's. Ça sonne très old-school, mais ça fait plaisir quand même.

Toujours dans le domaine de l'électronique mais dans un autre registre néanmoins, Moloko est un duo qui a eu son petit succès à la fin de la décennie quand un DJ house a remixé leur "Sing It Back". Mais sur leur premier album Do You Like My Tight Sweater en 1995, c'est davantage de la musique électronique influencée par le trip-hop de Bristol que l'on entend. C'est "Fun for Me", et pour vous aussi.

Mais la ville de Sheffield n'aime pas que les machines, elle aime aussi les instruments, et c'est sans surprise si on la voit s'illustrer dans la renaissance rock à l'anglaise des 90's, à savoir la britpop. Pulp existe depuis longtemps déjà, mais c'est vraiment à ce moment qu'ils vont exploser et acquérir le statut qu'ils ont aujourd'hui. "Babies" est un single qui fut publié chez Gift Records, filiale de Warp (tout se rejoint !), et c'est la preuve que de tout temps, Sheffield a eu son mot à dire.

Dans le même genre, les Longpigs ont également occupé le devant de la scène de Sheffield au milieu des 90's. Emmenés par Richard Hawley, qui rejoindra plus tard Pulp, et comptant parmi eux l'ex-batteur de Cabaret Voltaire (puisque je vous dit que tout se rejoint), les Longpigs n'ont sorti que 2 albums, ce qui est suffisant pour faire un tube. Ca s'appelle "She Said", et il n'y a pas de doute sur la date, on est bien en 1996, en pleine Oasismania.

On fait un petit saut dans le temps pour arriver en 2003, avec un groupe pas comme les autres qui n'a d'ailleurs pas vraiment d'équivalent dans sa ville natale. I Monster est surtout connu pour avoir signé quelques musiques de pub (à leur actif, Toyota et Les produits laitiers). Parfois rock et parfois pop, avec une bonne dose d'électro et un peu de trip-hop, I Monster aurait pu naître n'importe où. "Who Is She" est une chanson bien moins commerciale et très personnelle, parue sur le fameux Neveroddoreven.

Retour au rock anglais à guitare, avec The Long Blondes, un groupe de filles influencé par Pulp entre autres. Le bassiste Steve Mackey a d'ailleurs travaillé sur leur premier album Someone to Drive You Home, dans lequel figure le fameux "Weekend Without Makeup". Du rock anglais pas compliqué et bien foutu, on sent que Franz Ferdinand est passé par là.

En parlant de Pulp, 2006 est également l'année où leur chanteur Jarvis Cocker (aucun lien) sort son premier album, sobrement intitulé Jarvis. Évidemment assagi, on y trouve  de nombreuses chansons qui témoignent du talent de songwriter du garçon (plus tout jeune cela dit), parmi lesquelles "Don't Let Him Waste Your Time" ou encore la gentille "From Auschwitz to Ipswich".

Dans le même temps, la nouvelle scène de Sheffield s'active, et pour une fois elle ne reste pas dans l'ombre de ses contemporains. Inutile de présenter les Arctic Monkeys, qui sont un des groupes rock les plus intéressants outre-Manche, et leur deuxième album Favourite Worst Nightmare sorti en 2007, le témoigne de belle manière. Actuellement, le son Sheffield c'est "Teddy Picker", comprenez un chant qui assume sa Yorkshire-itude, un combo rythmique qui mène la danse et des guitares entre riffs ravageurs et envolées psychédéliques.

Alex Turner a plus d'un tour dans son sac, à peine reposé su succès éclair des Monkeys il se lance dans un projet ambitieux avec son ami Miles Kane (qui est plus proche de Liverpool que de Sheffield, mais peu importe). The Last Show Puppets marie un songwriting pop/rock avec une orchestration symphonique. Le tout a une certaine couleur cinématographique, mais n'oublie pas de placer quelques refrains inoubliables, comme celui de "Calm Like You".

La fin des années 2000, c'est la mode des duos pop-folk mixtes, et une fois de plus, Sheffield n'est pas en reste, avec Slow Club, deux jeunes gens good-looking qui nous servent un folk qui rappelle autant les belles chansons de Belle and Sebastian que celles des Moldy Peaches. Ça manque un peu de Sheffield-ness dans le chant, mais "When I Go" est le genre de chansons simples et sucrées qu'on consomme sans faim.

On finit notre voyage avec un groupe qui représente à lui seul la difficulté d'établir un "son de Sheffield". 65daysofstatic donne dans le post-rock instrumental et a souvent été vendu comme étant un mélange entre Radiohead et Aphex Twin. Tous ces indices alléchants accouchent d'une musique assez particulière en effet, et leur dernier album We Were Exploding Anyway opère un virage vers un son electro plus rentre-dedans, à l'image de l'excellent "Crash Tactics".

Playlist en écoute sur Spotify.

5 commentaires:

  1. Conclusion il n'y a définitivement pas de son Sheffield :) En tout cas, c'est une chouette rétrospective, et du coup je me réécoute un Cabaret Voltaire ! Thanks.

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  2. Oui c'est tout à fait ça! Et on pourrait même rajouter que la particularité de Sheffield, c'est d'avoir toujours fait émerger un groupe quelque soit la mode du moment. Il n'y a guère que le hip-hop qui manque à la liste.

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  3. Remarques justes à lire cet articles. Plus surprenant que l'absence de hip-hop, celle d'un groupe punk d'envergure. j'ai cherché 2 minutes, je n'en ai pas trouvé, pourtant cette charmante cité doit produire un paquet de morveux maléduqués !

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  4. La mauvaise langue que je suis te dirait qu'il n'y a pas de groupe punk d'envergure tout court, mais je ne m'abaisserais pas à cette tautologie...euh ! Mauvaise foi. :)
    Mais tu as raison, Sheffield semble être passé totalement à côté du mouvement punk. En fait, à regarder la liste, l'album le plus punk du lot serait le premier des Arctic Monkeys (c'est dire si on en est loin !)
    L'explication serait peut-être à trouver dans l'expansion géographique du mouvement tout simplement. Il semblerait que le punk, bien plus que les autres mouvements, soit resté relativement circonscrit dans la capitale, d'où sont sortis les plus grands groupes.

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  5. je n'avais jamais fait gaffe que tous venaient de sheffield (pour un boni tiers je l'ignorais, pour les autres je n'avais jamais relié les points)

    faut dire aussi que j'ai envie d'aller à Sheffield comme de me faire extraire une molaire à main nue ^^

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