lundi 27 juin 2011

Mike, de Lars Blumers

Certains films paraissent vraiment insaisissables. La vidéo du making-of de Mike m'a fait penser que ça devait être un film complètement « meta », à la Rubber. Pas du tout, et la bande-annonce laissait entrevoir un film beaucoup plus classique. Malgré tout quand je suis allé le voir je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Les premières scènes ne m'aident pas plus. Film sur l'ennui à la Sofia Coppola ? Chronique familiale ? Comédie burlesque venue du plat pays ? Ou peut-être même que ça va être un film choral, voire un film régional(iste)... On ne sait pas trop où on est quand on regarde Mike, et on ne sait pas trop quoi en penser. D'un côté on pourrait facilement taxer Lars Blumers d'avoir voulu tout mettre dans son premier film, mais il n'est pas question de ça ici. Au contraire, Lars Blumers choisit de traiter son histoire à sa façon, qui nous rappelle évidemment de nombreuses choses, sans qu'on parvienne vraiment à mettre le doigt dessus. Il commence d'une façon et finit d'une autre, en ne gardant pour fil rouge que son héros, dont l'attitude constamment impassible et blasée ne semble pas perturbée par les changements de ton qu'opère l'histoire qu'il crée.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Mike se déroule de manière surprenante. On le regarde comme on avance dans le brouillard, avec un mélange de suspicion et d'attraction. En tout cas on ne s'attendait pas à ce qu'il prenne une tournure si dramatique. C'est surprenant, mais finalement très logique. Très librement inspiré d'un fait divers, Mike est en fait un film réel. Pas vraiment réaliste, tant Lars Blumers prend beaucoup de libertés avec la vraisemblance, mais réel dans le sens où il s'adapte à merveille aux détours que prend la vie du héros, à qui il arrive, comme tout le monde, de changer d'avis et d'attitude, plus ou moins facilement. C'est pourquoi à un certain moment, quand le film semble avoir extrait tout le potentiel comique de la vie de Mike, il semble en proie à une certaine hésitation, ne sachant s'il doit poursuivre vers une fin positive au nom du « feel-good movie » ou bien s'il doit commencer à exploiter tout l'aspect dramatique de son sujet. Et le réalisateur hésite, le spectateur hésite, le héros hésite, et le temps qu'on s'en rende compte le film a déjà complètement changé d'ambiance.

Certes auparavant Mike n'était pas non plus un comédie sans fond, souriant béatement à ses bêtises. Prendre le parti de parler d'un glandeur adepte des petits délits sans conséquences, tiraillé entre l'Alsace, l'Allemagne et la Suisse dans une zone de flou géographique, c'était forcément considérer une vie dans ce qu'elle a de plus pathétique. On rit donc, mais pas sans ressentir un peu de peine pour les personnages. Entre la poésie d'un Mammuth et le comique ambigu de La merditude des choses, Lars Blumers passe le plus clair de son temps à s'amuser de ses personnages, en jettant sur eux un regard à la fois sévère et affectueux. On rit devant l'insolence innocente de Mike envers ses beaux-parents, mais on a aussi et presque surtout honte pour lui. Marc-André Grondin est connu pour ses rôles très « cools », mais ici il incarne Mike de manière assez différente. Mike n'est pas « cool », c'est un garçon hagard auquel on a souvent envie de coller une baffe pour le remettre en selle. C'est aussi en ça que le film est imprévisible, car les personnages font systématiquement le contraire de ce qu'attend et désire le spectateur. Kembs est présentée comme une ville d'inadaptés, où règne un profond malaise, et où chacun tente tant bien que mal de se définir, par rapport à la loi, à son pays, sa famille ou aux normes sociales.

Même s'il souffre de quelques longueurs et facilités, et que son allure sinueuse le rend un peu difficile à apprécier dans son intégralité – le personnage du policier divorcé étant étrangement culpabilisé à la fin – Mike est un film comme on aimerait en voir plus souvent: agréable, drôle et touchant, sans prétention mais avec une forte identité, bien réalisé et bien interprété. D'ailleurs, avec Marc-André Grondin, Eric Elmosnino et Christa Theret trouvent des rôles qui laissent définitivement penser qu'il existe en France (et ailleurs) beaucoup d'acteurs sous-exploités. Après ce premier film réussi, on suivra avec attention Lars Blumers, qui saura à coup sûr nous surprendre encore la prochaine fois.



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