jeudi 27 janvier 2011

Iron & Wine - Kiss Each Other Clean

Mine de rien, ça faisait un moment qu'on avait pas eu d'album de la part d'Iron & Wine. Mais vu qu'on en parle régulièrement- que ce soit pour la parution de compilations, pour des chansons publiées ici et là, ou tout simplement pour rappeler de manière un peu consensuelle que Samuel Beam est l'auteur des meilleurs albums du revival folk qui sévit depuis quelques années- on a eu tendance à l'oublier. Si retour en fanfare il devait y avoir, c'est donc d'ores et déjà raté. Pourtant il y a fort à parier que c'est l'effet que souhaitait provoquer Samuel Beam, en nous attaquant dès le début d'année de la manière la plus efficace qui soit, en tout cas la plus polémique: le virage musical. Mais une fois de plus, ce n'est pas une si grande surprise, puisque le précédent album The Shepherd's Dog marquait déjà une certaine rupture vis-à-vis de ses camarades folksingers, en introduisant des éléments de pop et de rock dans le folk déjà assez déconstruit du groupe. D'ailleurs, doit-on vraiment parler de virage musical, ou la rupture ne s'est elle pas justement produite dès l'album précédent, dont ce Kiss Each Other Clean ne serait que la suite logique ?

On peut légitimement se poser la question. Car après tout, en 2011 il est acquis qu'Iron and Wine n'est plus vraiment un groupe de folk, ou du moins le folk n'est que la base sur laquelle Samuel Beam s'appuie pour exprimer une créativité qui dépasse largement le cadre de la simple folksong. Quand j'ai commencé à entendre partout qu'Iron & Wine avait sorti un album où on trouvait en gros de tout, sauf du folk, je n'ai pas été réellement surpris. Et je dois dire qu'après tout, on s'en accommode très bien. Parce qu'on sait depuis Bob Dylan que le folk ne se situe pas tellement dans la façon dont on arrange les chansons que dans la façon dont on les joue. Alors franchement, en écoutant ce "Me and Lazarus" totalement dénué de guitare ou de tout instrument se rattachant au genre, je n'ai pas pour autant eu la sensation d'écouter de la pop. Et ce, même si les choix musicaux sont parfois très étranges et pas franchement convaincants, comme ce "Big Burned Hand" aux relents de funk qui n'a pas fini de faire couler de l'encre.

On intègre étonnamment rapidement cette diversité des sons, ce côté fourre-tout que peut avoir Kiss Each Other Clean parfois. Il est vrai que le message délivré par Samuel Beam est dénué de toute subtilité, et on comprend bien qu'il a décidé de ne se fixer aucune barrière, qu'il veut juste composer quelques chansons de la manière dont il lui plaira sur le moment. Qui l'aime le suive, peu importe. La démarche n'a rien d'original et le discours peut faire sourire, mais toujours est il que l'album dégage réellement une atmosphère paisible, comme si la sérénité de Samuel Beam transpirait à travers ses chansons. Et les chansons les plus étranges voire expérimentales  en deviennent les hérauts, comme le léger "Monkeys Uptown", ou l'exotique "Run Rabbit Run", entre rythmes tribaux et distorsion de guitares. Le revers de la médaille est évidemment que tout ce bonheur n'accouche pas de chansons un tant soit peu saisissantes, ou ne serait-ce qu'un peu accrocheuses. On partage la route d'Iron & Wine sans se formaliser, et on la quitte sans réfléchir davantage.

Au final, ce Kiss Each Other Clean me fait l'effet du Get Behind Me Satan des Whites Stripes*. C'est-à-dire que le fait d'avoir abandonné le format traditionnel n'est au final qu'un élément assez superficiel, une fausse provocation qui n'est en fait pas très significative. Rien ne change, la façon de composer des chansons est toujours la même, c'est simplement l'ambiance qui évolue. On accepte sans vraiment broncher les bizarreries de l'artiste ou bien on le renie, parfois même on adhère sincèrement, mais en fin de compte on finit par retourner vers les disques précédents. Comme pour Get Behind Me Satan, on réécoutera plus tard cet album d'Iron & Wine de temps en temps, avec un léger sourire, comme on le fait quand on repense à une vieille blague.






Les avis sont partagés, mais Samuel Beam ne convainc ni Playlist Society, ni Hop Blog, et tout juste La Quenelle Culturelle. Cependant, chez Feu à volonté, on adhère.

*: Qui contient son lot de bizarreries complètement loufoques, mais aussi de très bonnes chansons, ce qui fait que je le préfère tout de même, justement pour ce relief absent chez Iron & Wine.

2 commentaires:

  1. Bon, j'essaierai tout de même, alors!
    ;-)

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  2. L'album me laisse assez amère...
    les mélodies sont revues, la voix de Sam Beam n'arrive décidément pas à s'adapter au chant fort, et pour être franche, le tout m'est entré par une oreille, ressorti par l'autre (et non sans une légère douleur). The Shepherd's Dog ne m'avait pas énormément marquée, sans que je ne le trouve mauvais. Certaines chansons m'avaient même bien plu. Pour reprendre l'idée d'évolution, le tournant est passé, mais Iron and Wine semble s'égarer.
    Reste à voir comment tout ça se traduit en concert. Les 2-3 chansons de Kiss Each Other Clean qu'Iron and Wine a présentées au Newport Folk Festival, mises à disposition par NPR, sont bien passées...

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